Les premières heures du matin du 28 février 2026 seront étudiées par les historiens militaires pendant des générations, non seulement pour les frappes coordonnées des États-Unis et d’Israël qui ont illuminé le ciel au-dessus de Téhéran, Ispahan et Qom, mais aussi pour l’étonnante erreur stratégique qui les a accompagnées . En tant qu’analyste ayant passé des années à étudier le symbolisme militaire et les opérations de guerre psychologiques, je demeure fort perplexe quant au nom de code opérationnel choisi pour cette campagne : « Lion’s Roar » (Le rugissement du lion). C’est en quelque sort une confirmation de toutes les hypothèses conspirationnistes de l’affaire d’espionnage dite d’Esptein mais également d’autres beaucoup plus anciennes.
Alors que le Pentagone a officiellement baptisé la contribution américaine-majoritaire « Opération Epic Fury », les Forces de défense israéliennes ont adopté le nom « Lion’s Roar » (le rugissement du lion). Ce détail apparemment mineur représente un échec catastrophique en matière de communication stratégique qui aura des répercussions dans la région pendant des années.
Soyons directs et allons au fond des choses puisque ils ne s’en cachent même pas. Ce site ne s’est jamais encombré d’ébranler les idées reçues ou de sortir des chemins battus.
Le lien avec la franc-maçonnerie : un jeu avec le feu
Abordons avec objectivité la réalité fort dérangeante que les planificateurs militaires ont apparemment ignorée : le lion revêt une signification très particulière dans le symbolisme maçonnique. Dans la tradition maçonnique, le lion de Juda représente la force et la royauté, occupant une place prépondérante dans la maçonnerie de l’Arche Royale et dans divers degrés supérieurs. Le terme « rugissement du lion » a des connotations indéniables dans la culture des loges maçonniques, où le lion symbolise le solstice d’été et le triomphe de la lumière sur les ténèbres.
Que ce soit intentionnel ou non – et le choix des noms de code militaires n’est jamais fortuit –, cette nomenclature s’inscrit directement dans la vision conspirationniste du monde qui domine depuis longtemps nombre d’idéologies ayant culminé entre 1919 et 1945 mais également l’idéologie révolutionnaire iranienne. Depuis 1979, la République islamique présente systématiquement sa lutte contre ce qu’elle désigne comme le grand satan (USA) et le petit satan (Israël) comme un combat contre « l’arrogance mondiale » et les mains invisibles qui contrôlent les affaires mondiales. En invoquant une imagerie fort évocatrice de la franc-maçonnerie mondiale, ceux qui ont choisi ce nom de code ont offert aux propagandistes de Téhéran exactement ce dont ils avaient besoin. On appelle cela une validation.
Cette évocation du symbolisme du lion après l’affaire Epstein devrait provoquer un scandale dans un monde où l’esprit critique est encore un peu vivant. Ce qui n’est plus le cas.
Plus accablant encore est le mépris total pour la signification du lion en Iran. Le lion et le soleil (Shir o Khorshid) ont servi d’emblème national à l’Iran pendant des siècles jusqu’à la révolution de 1979, lorsque l’ayatollah Khomeini l’a personnellement dénoncé comme « l’œuvre du tyran » et symbole de la monarchie « malheureuse ». Le régime l’a remplacé par l’emblème stylisé actuel, rejetant explicitement le lion comme vestige de l’oppression pré-révolutionnaire et de l’occidentalisation.
C’est là que l’ignorance des planificateurs de la guerre devient vraiment préjudiciable pour eux : le symbole du lion a refait surface de manière spectaculaire ces derniers mois en tant qu’emblème des manifestants anti-régime. Les jeunes Iraniens brandissant le drapeau du Lion et du Soleil ont été confrontés à la force meurtrière des forces de sécurité. Le directeur de la Fondation iranienne d’iranologie, Ali Akbar Salehi, s’est récemment senti obligé de publier une déclaration bizarre dans laquelle il insistait sur le fait que le gouvernement devrait être le propriétaire du symbole et condamnait son utilisation par « d’autres ». D’autres encore appelaient les autorités à assumer l’héritage de Cyrus et son sauvetage historique des Juifs.
Considérez la victoire immédiate offerte à Téhéran en matière de communication et de guerre informationnelle. Quelques heures après les frappes, les médias d’État iraniens peuvent présenter cela comme suit :
« L’Occident franc-maçonnique, agissant par l’intermédiaire de son allié sioniste, lance l’opération « Lion’s Roar » (Le rugissement du lion), confirmant ainsi nos avertissements de longue date concernant les réseaux secrets qui cherchent à détruire la révolution islamique. »
C’est en très peu de mots près ce que diffusait les propagandes allemande et italienne en 1940-1941.
Étonnant !
Si « Lion’s Roar » demeure le nom de code opérationnel de cette attaque US/Israël contre l’Iran, il ne sera étonnant d’assister à une accélération des messages iraniens concernant les « complots occidentaux judéo-maçonniques » et une suspicion accrue à l’égard des figures de l’opposition iranienne qui ont utilisé le symbolisme du lion. En parallèle, le sentiment nationaliste iranien pourrait être boosté d’une manière bien plus grande qu’on le pensait jusqu’ici.
Dans la guerre moderne, les armes les plus redoutables sont souvent symboliques. Les « amis » ennemis de l’Amérique viennent d’en remettre une entre les mains de son ennemi désigné comme tel. Mes amis, on croyait avoir tout vu mais il semble qu’on est loin du bout du tunnel. Le symbolisme du lion de Judée est probablement la raison pour laquelle Netanyahou est maintenu contre vents et marées comme une sorte de dictateur en temps de guerre car c’est comme cela qu’ils s’auto-perçoivent.
Le ciblage de l’Iran par des missiles des villes d’Erbil (Kurdistan irakien) siège de bases militaires et sécuritaires US et israéliennes; du Bahreïn (base navale US), des Émirats Arabes Unis, de la Jordanie, de l’Arabie Saoudite et du Qatar compliquent davantage la donne au niveau symbolique même s’ils ne font que confirmer ce que tout le monde savait depuis longtemps en dépit de campagnes de relativisation de l’information ou carrément de dénégation. Cela aggrave un schisme déjà présent dans toute la région.
Nous n’en sommes qu’à l’aspect symbolique et c’est déjà un fiasco. Si cette opération US n’aboutit pas à une décapitation ou à un changement de régime en Iran, le fiasco sera total et semblable à celui qu’avait représenté Waterloo pour Napoléon en 1815.





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