S’il y a bien une constante sur la scène géopolitique du milieu des années 2020 (les années folles 2.0), c’est l’imprévisibilité vertigineuse de la politique étrangère de Donald Trump.
Les marchés mondiaux et les canaux diplomatiques pensaient s’être stabilisés autour d’un fragile accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, et voilà qu’un nouveau grain de sable est venu perturber le processus.
Cette fois-ci, il s’agit d’une exigence tellement déconcertante et incongrue dans le contexte actuel qu’elle a littéralement laissé les dirigeants les plus chevronnés bouche bée.
L’insistance récente de Trump pour que l’Arabie saoudite, le Qatar et le Pakistan adhèrent aux Accords d’Abraham comme condition préalable à un accord de paix plus large dans le Golfe persique n’est pas seulement un faux pas diplomatique ; c’est une manœuvre perturbatrice totalement folle qui ignore délibérément les réalités régionales.
Ce week-end, Trump a discuté par visioconférence avec les dirigeants de pays musulmans alliés qui tentaient de le dissuader de toute reprise des hostilités avec l’Iran. Le ton a changé lorsqu’il a posé une condition « obligatoire » : adhérer aux Accords d’Abraham normalisant les relations avec Israël, sous peine d’être exclus de l’Accord. Selon certaines informations, la réponse de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Pakistan — des pays n’entretenant pas de relations officielles avec Israël — a été un silence assourdissant. Un responsable a indiqué que Trump avait dû plaisanter en demandant : « Êtes-vous encore là ? ».
Il est rare de voir un président américain en exercice se faire ainsi rembarrer diplomatiquement en direct, ce qui met en évidence l’erreur fondamentale de cette stratégie.
Cette demande est incongrue hors de propos pour une raison évidente : elle confond deux volets diplomatiques totalement distincts.
Le premier volet concerne une crise militaire et sécuritaire majeure : éviter une guerre ouverte avec l’Iran, qui a déjà entraîné d’immenses répercussions sur le transport maritime mondial et mobilisé des mandataires. Le deuxième volet est d’ordre moral et politique : la normalisation des relations arabo-israéliennes, qui, depuis des décennies, est liée à la création d’un État palestinien viable sur la base des frontières d’avant 1967. En exigeant du Pakistan et de l’Arabie saoudite qu’ils acceptent la seconde solution pour résoudre la première, Trump tente un coup de force politique.
Les analystes ressortent souvent la théorie de la stratégie du fou— l’idée selon laquelle des exigences imprévisibles et extrêmes déstabilisent les adversaires. Mais il ne s’agit pas là d’une menace ciblée contre un adversaire ; c’est plutôt une pression maladroite exercée sur de prétendus alliés.
Cela ressemble moins à une stratégie d’irrationalité ciblée qu’à une tactique visant à façonner le discours. En désignant publiquement l’Arabie saoudite, le Qatar et le Pakistan comme signataires incontournables, Trump tente de donner l’impression d’un consensus régional inévitable, mené par les États-Unis. Si les dirigeants se rallient à sa cause, il remporte un petit trophée historique. S’ils refusent, il se fabrique un bouc émissaire pour les lacunes d’un éventuel accord, en les présentant comme ayant de mauvaises intentions. C’est une situation gagnant-gagnant pour le discours politique intérieur, mais perdant-perdant pour la confiance dans la cohérence diplomatique américaine.
Le fait d’impliquer le Pakistan dans cette affaire témoigne d’une ignorance flagrante de la situation diplomatique délicate dans laquelle se trouve actuellement Islamabad. Si le Pakistan s’est récemment fait remarquer, c’est uniquement grâce à sa médiation constructive et discrète en faveur de la désescalade de la guerre au Moyen-Orient. Le mettre aujourd’hui sur le devant de la scène et exiger qu’il renonce à son idéologie fondamentale concernant Israël – risquant ainsi de faire d’Islamabad une cible de choix pour les groupes extrémistes – n’est pas une demande formulée de bonne foi. C’est une initiative imprudente qui sape les intermédiaires mêmes dont on a besoin pour maintenir le dossier iranien sur les rails.
Les dirigeants de Riyad, Doha et Islamabad savent que refuser cette exigence hors de propos risque de s’attirer les foudres de la Maison Blanche, mais qu’y consentir risque de s’attirer celles de leurs propres populations. Ce n’est pas un plan de paix ; c’est simplement un choix impossible.
Cela aura une conséquence bien précise : un rapprochement de ces alliés US avec la Chine et l’accélération de la fin du parapluie défensif US sur les pays Arabes du Golfe, mis à mal par la guerre avec l’Iran.
De la stratégie du chaos créateur de 2004 à celle du fou en 2026, il semble que la politique étrangère US est engagée dans une spirale plongeante vers un chaos sans fin.






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