Depuis des décennies, les théoriciens des relations internationales débattent de la primauté des pressions systémiques par rapport à l’action individuelle dans le déclenchement des grands conflits dans le monde. Est-ce que les structures rigides des alliances de 1914 ont entraîné l’Europe dans la guerre, ou était-ce la diplomatie maladroite de quelques individus manipulés par des hommes tapis dans l’ombre?
Alors que nous assistons aux premières salves d’une guerre régionale dévastatrice au Moyen-Orient, la réponse est brutalement claire : il s’agit d’une guerre choisie, déclenchée par le désespoir d’un seul homme. Un homme qui a paniqué et n’a pas su résister au chantage comme le firent tous ces prédécesseurs depuis Nixon.
La campagne militaire conjointe américano-israélienne contre l’Iran, qui entre désormais dans sa phase la plus violente avec la mort du guide suprême, l’Ayatollah Ali Khamenei, n’est pas le résultat d’une découverte nucléaire soudaine ou d’un acte d’agression de la part de Téhéran. Elle est la conséquence directe d’une tempête politique à Washington. La déclassification de plus de trois millions de pages des « dossiers Epstein » a révélé ce que beaucoup soupçonnaient depuis longtemps : le président Donald Trump était considéré comme très vulnérable à l’influence étrangère, en particulier celle d’Israël, en raison de ses liens de longue date avec l’agent du Mossad Jeffrey Epstein, trafiquant sexuel condamné. Celui qui a, entre autres basses œuvres, recruté celle qui deviendra Melania Trump.
Confrontés à une apocalypse politique et personnelle suite à ces révélations et d’autres plus dévastatrices que Pam Bondi tente de cacher furieusement à tout prix , l’administration Trump a cédé à Ia folle lubie de longue date d’Israël là où ses prédécesseurs, Biden, Obama, Clinton et Bush ont résisté. Trump a choisi de miser sur une tactique politique éprouvée : la stratégie du « wag the dog ». Il a déclenché une guerre, espérant que le grondement des bombes et le brouillard de la mort occulteraient un scandale impliquant d’atroces compromissions et des horreurs sans nom.
Ce fut une erreur de calcul catastrophique. Cette aventure guerrière, exploitant l’avantage décisif qu’offrent les nouvelles technologies de traque et de ciblage pour la décapitation subite se transforme rapidement en cauchemar pour tous les belligérants et menace de plonger le monde entier dans un conflit prolongé.
Le catalyseur de la guerre: l’État maître chanteur et le président « compromis »
Pour comprendre le « pourquoi » de ce timing, il faut se pencher sur les documents qui ont provoqué une onde de choc à Washington le mois dernier. Selon une note déclassifiée du FBI issue des dossiers de l’affaire d’espionnage Epstein, le Bureau disposait d’informations provenant d’une source confidentielle selon lesquelles le président Trump était « compromis par Israël » et susceptible d’être influencé par des moyens financiers et politiques.
Les documents dressent un portrait de Jeffrey Epstein non seulement comme un financier et un pédophile, mais aussi comme un agent potentiel des services secrets liés au Mossad israélien, chargé de cultiver et de compromettre toutes les élites occidentales. Les mémos détaillent comment Epstein a servi d’intermédiaire entre des personnalités puissantes, dont Dobald Trump, et des intérêts étrangers directs. Les rapports citent également le gendre de Trump, Jared Kushner, comme une figure centrale ayant des liens avec des réseaux proches des services de renseignement israéliens et des flux financiers étrangers très opaques. D’autres emails ont révélé la profonde intimité de cette relation, l’ancien Premier ministre israélien Ehud Barak sollicitant directement l’aide d’Epstein pour organiser des apparitions médiatiques pour Trump.
Avec une avalanche d’allégations, notamment une liste d’accusations d’agressions sexuelles liées à Trump, la Maison Blanche était acculée. Trump a tenté de mettre en avant son épouse Melania en faisant la promotion d’un film à sa gloire en mobilisant tous les réseaux promotionnels en Amérique du Nord, en Europe et en Australie mais cela n’eut que peu d’impact. Les rumeurs selon laquelle c’est Epstein qui aurait offert Melania à Trump dans un but d’espionnage et de contrôle n’ont pu être combattues. Dans le manuel d’un dirigeant désespéré, il n’y a pas de meilleure diversion qu’une guerre patriotique. Fin février 2026, le discours était passé des repaires de trafic sexuel des îles d’Epstein à la « menace existentielle » que représentait le programme nucléaire iranien, pourtant inexistant en termes militaires. Peu importe, il fallait une guerre. N’importe quel prétexte faisait l’affaire. Il fallait céder à Benjamin Netanyahou qui rêvait de la destruction de l’Iran depuis les années 1980.
Le résultat fut l’opération « Epic Fury » côté US et très maladroitement « Lion’s Roar » côté israélien, une campagne aérienne massive et coordonnée menée par les États-Unis et Israël. Il ne s’agissait pas de simples raids aériens et balistiques, mais d’une attaque à grande échelle visant à décapiter le régime iranien. Une telle projection de force américaine n’avait pas été vue depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Elle a coûté des centaines de millions de dollars rien que pour déployer des moyens tels que des avions de combat F-22 Raptor, dew bombardiers stratégiques B-2 Spirit et d’énormes avions ravitailleurs sur le théâtre des opérations englobant une dizaine de pays.
Les frappes US ont eu un effet dévastateur à court terme. Des rapports confirment la mort de l’ensemble de la haute hiérarchie militaire iranienne.
La stratégie mise en œuvre reprenait les mêmes principes que ceux utilisés lors de la guerre en Irak en 2003: décapiter les dirigeants, détruire les structures de commandement et de contrôle, et espérer que le régime s’effondre comme un château de cartes, la population se soulevant pour accueillir les libérateurs en chantant et en dansant. Mais comme nous le voyons aujourd’hui, la banderole « Mission accomplie » a été déployée beaucoup trop tôt.
La férocité des « irréductibles » : le cauchemar asymétrique iranien
Les stratèges à Washington et Tel-Aviv ont commis une erreur fatale : ils ont confondu un régime avec une nation, et un leadership avec une caste militaire profondément enracinée et idéologiquement déterminée. Ils ont supposé qu’avec la disparition du Guide suprême Ali Khamenei, le Corps des Gardiens de la Révolution Iranienne (CGRI) s’effondrerait. Au contraire, c’est l’inverse qui s’est produit. Les Gardiens de la révolution, les « irréductibles », se battent désormais pour leur survie même — et une bête acculée est la plus dangereuse qui soit.
Le CGRI n’est pas une armée conventionnelle qui s’effondre lorsque son général est tué comme le fut l’armée allemande. Il s’agit d’un État dans l’État, une organisation profondément interconnectée disposant d’un « banc de remplacement très fourni ». Ayant réparti et délégué les pouvoirs exécutifs jusqu’à quatre niveaux successifs par crainte d’une décapitation, les unités opèrent désormais avec une autonomie qui les rend imprévisibles et terrifiantes.
Les CGRI ont immédiatement abandonné toute prétention de réponse calibrée et régionalisé la guerre. C’est le scénario cauchemardesque. La stratégie asymétrique du CGRI bat désormais son plein.
L’Iran a lancé des frappes de représailles non seulement contre Israël, mais aussi contre plus de 28 bases militaires américaines et alliées (Grande-Bretagne, France, Israël) ainsi que infrastructures civiles dans au moins six pays, dont le Qatar, Bahreïn, le Koweït, l’Irak (Kurdistan), la Jordanie et les Émirats arabes unis. Le fait de cibler Dubaï, symbole éclatant de la stabilité du Golfe, avec des frappes sur l’hôtel Burj Al Arab et l’aéroport international de Dubaï, était un message calculé : « Il n’y a pas de zone sûre pour nos ennemis ». Même les bases britanniques à Chypre n’echapperont pas aux missiles iraniens.
Si l’Iran ne possède qu’environ 2 000 missiles à longue portée, sa véritable puissance réside dans son arsenal de 10 000 missiles à courte portée et sa flotte sophistiquée de drones Shahed. La tactique est d’une simplicité brutale : saturer les défenses aériennes ennemies. Au cours des premiers échanges, une seule batterie THAAD américaine en Israël aurait tiré pour 1,2 milliard de dollars de missiles intercepteurs. Le calcul est insoutenable pour les États-Unis et leurs alliés. L’Iran peut se permettre de perdre 70 drones ; les États-Unis ne peuvent pas se permettre de les abattre indéfiniment avec des missiles à 3 millions de dollars l’unité.
Autre choc, lequel aura des répercussions sur l’économie mondiale, est celui de la fermeture du détroit stratégique d’Hormuz. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a décidé de fermer le détroit d’Hormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Un pétrolier battant pavillon des Palaos a déjà été attaqué au large des côtes d’Oman. Il ne s’agit pas seulement de perturber l’approvisionnement, mais aussi de transformer l’économie mondiale en arme. Les prix du pétrole devraient monter en flèche, provoquant des difficultés économiques bien au-delà du Moyen-Orient.
La situation dégénère en un scénario perdant-perdant-perdant.
En dépit de la censure très sévère en Israël, les premières pertes humaines sont confirmées. Les pertes militaires US sont encore classifiées mais le CentCom a annoncé un bilan aseptisé de trois militaires tués au Koweït et de cinq blessés graves. Pour ceux d’entre nous ayant suivi la guerre d’Irak, la technique pour abaisser le bilan des tués était de comptabiliser les blessés graves n’ayant pas trépassé dans un délai de cinq heures comme blessés et les morts comme des blessés dans une condition critique. Ce n’est que le début.
Pour les États-Unis, le président Trump a promis de mettre fin aux « guerres éternelles », mais il a lancé une guerre de son choix sans l’accord du Congrès, sans mandat de l’ONU et sans aucune base légale en se basant sur un « chaos informationnel » et des mensonges concernant l’imminence de la menace, ce qui rappelle étrangement les mensonges sur les armes de destruction massive en Irak en 2003. Les États-Unis sont isolés ; contrairement à la « coalition des volontaires » de 2003, cette fois-ci, seul Israël est pleinement engagé et se considère, excusez du peu, dans un combat existentiel pour son existence dans un enthousiasme mêlant les pires moments du Bolchevisme aux calculs précis des banquiers de Frankfürt et de Paris de la « belle époque ». Ce qui explique les pressions sur des alliés comme le Royaume-Uni et la France pour qu’ils s’impliquent dans une guerre qui ne les concerne pas du tout.
Les Israéliens ont atteint leur objectif d’affaiblir considérablement l’Iran (rappelez vous du détraqué de Netanyahou trimbalant une pancarte portant l’effigie de la « bombe iranienne » aux Nations-Unis), mais au prix de voir leur territoire devenir la cible quotidienne de salves de missiles. Leur stratégie consistant à s’appuyer uniquement sur leur puissance aérienne ignore le fait que si l’on peut décapiter un leadership, on ne peut pas arrêter un missile avec un avion de chasse une fois qu’il est dans les airs. Le « dôme de fer » est efficace, mais il n’est pas infini.
Nous assistons en ce moment à une tempête parfaite. Le transport maritime est perturbé, les vols sont annulés dans toute la région et les marchés énergétiques sont en plein bouleversement. Mais la plus grande menace est le vide politique. Trump a beau affirmer qu’il connaît parfaitement qui a pris les rênes du pouvoir en Iran et les stratèges peuvent spéculer sur le libéralisme d’un Larijani qui a participé durant des années un processus completement bidon dit de négociations sur un Accord sur le nucléaire iranien (une ruse de guerre US classique consistant à inventer des thématiques de négociations pour gagner du temps et baliser le terrain à bombarder), rien n’est sûr et encore moins certain.
Trump a cherché à se sortir d’un scandale sexuel monté par Netanyahu et ses consorts à coups de bombes. Au lieu de cela, il a allumé une mèche qui brûle vers un baril de poudre contenant l’approvisionnement énergétique mondial, sa sécurité et son avenir. Cette guerre ne se terminera pas par une capitulation. Elle prendra fin lorsque la région sera épuisée, fragmentée et en flammes. La seule certitude est que le cauchemar ne fait que commencer.
Note: pour la première fois, les milieux diplomatiques internationaux adoptent la même grille de lecture des milieux qualifiés jusqu’à récemment de conspirationnistes et admettent à l’unanimité que cette guerre est celle d’Epstein.







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