Sans surprise aucune, les forces américaines et israéliennes s’acharnent sur les installations et infrastructure énergétiques iraniennes dont des dépôts d’hydrocarbures à Téhéran. Les autorités iraniennes ont émis une alerte aux pluies acides et considérent ces frappes comme une attaque à l’arme chimique. L’évocation de l’Iran de la guerre chimique n’est pas un simple élément de réthorique mais une base pour des représailles de la même nature.

Le prix du pétrole est en train d’atteindre très vite la barre des 100$ le baril et ce n’est qu’un début.

Le centre et le sud de l’Irak connaissent actuellement un effondrement systémique catastrophique, caractérisé par une panne d’électricité à l’échelle nationale, un effondrement quasi total de la production pétrolière et une escalade militaire impliquant des attaques persistantes des milices pro-iraniennes contre les bases militaires et les sociétés américaines, des frappes transfrontalières iraniennes, des affrontements armés internes et des incursions ou raids armés à l’intérieur du Koweït.

Plus au Sud, en dépit de la nouvelle réthorique plus antisioniste des médias saoudiens, une nouveauté inédite dans ce royaume très pro-US, l’Arabie saoudite est activement engagée dans les opérations de guerre de la coalition US-Israël contre l’Iran, tentant de protéger ses infrastructures pétrolières tout en faisant face à la pression stratégique exercée à la fois par les exigences du tandem Washington/Tel-Aviv et les changements politiques internes, ses capacités de défense aérienne ayant été dégradées par des frappes réussies contre des installations radar américaines clés.

La base aérienne Prince Sultan reste sous le feu des attaques iraniennes, avec des frappes de missiles balistiques causant des pertes censurées et la destruction confirmée d’un autre radar AN/TPY-2 à bande X très important pour le dispositif de détection et d’interception balistiques dans la région.

Les Émirats Arabes Unis et le Bahreïn participent à la guerre mais il semble que les Émirats arabes unis expriment des difficultés avec les briefings israéliens concernant les actions émiraties, soulignant la souveraineté décisionnelle et mettant en garde contre les dommages causés aux relations bilatérales.

Le groupe aéronaval USS Gerald R. Ford maintient une position opérationnelle avancée dans le nord de la mer Rouge afin de protéger les intérêts israéliens, menant des opérations de surveillance aérienne et de logistique tandis que Saudi Aramco détourne ses livraisons de pétrole vers cette même région. Il suffirait que les Houthis du Yémen tentent de bloquer à nouveau le détroit stratégique de Bab-el-Mandeb pour que cette stratégie alternative s’effondre.

L’Iran a mené le processus de sélection de nouveaux dirigeants sous les bombes américaines et la menace directe d’élimination de l’ensemble du leadership. Les menaces d’élimination physique réelle proférées par les États-Unis et Israël ont transformé ce processus mais ce dernier, fort complexe, s’est terminé par la désignation d’un nouveau guide suprême dont le nom n’a pas été divulgué pour des raisons de sécurité. [Mise à jour: le nouveau guide est le fils d’Ali Khamenei]

Chypre reste le point central d’une campagne soutenue et technologiquement sophistiquée menée à l’aide de drones et en utilisant du matériel de navigation russe et/ou chinois, ce qui a déclenché une consolidation militaire européenne majeure pour sa défense, tout en exacerbant le conflit gréco-turc alors que Ankara se prépare à déployer ses propres avions de combat dans la République turque de Chypre du Nord.

Une opération aéroportée israélienne au Liban Sud pour récupérer les restes supposées de Ron Arad, un pilote israélien dont l’appareil, un F-4 Phantom II a été abattu au-dessus du Liban-Sud le 16 octobre 1986 alors qu’il bombardait des positions de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) s’est soldée par un échec. Des informations font état de 41 victimes côté israélien, ce qui a déclenché de violents bombardements aériens et meurtriers contre les populations civiles. Le pilote Ron Arad avait été capturé après éjection mais son sort n’a jamais été connu. Il a été annoncé comme mort par l’ancien Secrétaire Général du Hezbollah libanais, Hassan Nassrallah, dans un discours tenu en 2003.

Sur le plan politique, l’ambiguïté stratégique et sémantique tenue par l’administration Trump a atteint son extrême limite et semble s’être transformée en cacophonie mêlant des menaces dignes de films de gangsters à des envolées lyriques sur la surpuissance militaire. Cela donne l’impression qu’il n’y a eu aucune réflexion sérieuse sur le lendemain du premier jour de cette guerre majeure déclenchée en plein milieu de négociations diplomatiques qui servaient d’écran de fumée à la partie US. Pour Israël, les choses sont beaucoup plus complexes depuis la suppression d’un système THAAD en Jordanie car le système d’alerte est affecté et certains missiles iraniens ou du Hezbollah ne sont même plus détectés. Une guerre des tankers a commencé avec le ciblage par des avions US et israéliens de tankers iraniens et le ciblage par l’Iran de Tankers voulant forcer le passage du Détroit d’Hormuz.

Contrairement aux guerres précédentes, celles-ci est impopulaire aux États-Unis et cela est expliqué en Israël par la montée de ce que cette entité qualifie faussement d’antisémitisme au sein d’une proportion non négligeable des populations et des forces armées US. En réalité, cette fois la propagande de guerre telle qu’elle a été déployée avant les guerres d’Afghanistan et d’Irak n’a pas du tout fonctionné en raison de graves problèmes systémiques et de l’impact de l’affaire Epstein et de l’AIPAC sur la crédibilité de ce qui reste comme système politique. Tous ces problèmes sont désormais balayés par un messianisme sioniste néo-évangélique d’essence eschatologique dont l’une des thèses est que cette guerre est nécessaire pour forcer l’Armageddon، accélérer l’avènement du royaume de David, la reconstruction du temple de Solomon et le retour de Jésus-Christ sur terre…Une folie génocidaire messianique est en train de devenir normative.


Photographie d’illustration: base militaire US d’Erbil en Irak en flammes après des frappes iraniennes. Mars 2026.

4 responses to “J+10 de la guerre majeure”

  1. Avez vous vu ce qui se passe au Bahreïn actuellement, avec manifestations contre le régime et (sous réserve) fuite de l’actuel roi ?

    1. Toutes les populations du Golfe sont en colère contre leurs roitelets.

  2. Enfin, la folie messianique est mentionnée. Ce messianisme sioniste néo-évangélique, comme vous l’appelez à juste titre, ne doit pas être négligé. C’est une hystérie collective qui emportera de nombreux chrétiens.

    1. Elle n’est pas déterminante. Ce qui est déterminant dans ce conflit est le volet économique.

      Vu sous l’aspect économique, Trump a fait un carton plein: l’Asie va devoir importer du gaz US et l’industrie des semi-conducteurs est à nouveau le monopole des USA.
      Le pétrole vénézuélien remplace celui de l’Irak.
      L’Europe est totalement sous le joug US qui lui vend du gaz et bientôt du pétrole au prix que Washington décide.
      C’est une victoire des grandes multinationales pétrolières US.

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