Accrochez-vous bien, car nous quittons le domaine de la politique internationale pour entrer dans le théâtre de l’absurde. Alors que les médias traditionnels s’affairent à couvrir la guerre en Ukraine et s’émerveillent des derniers 90 milliards d’euros débloqués pour financer le ciblage des installations énergétiques russes ou encore l’interminable surenchère entre Washington et Téhéran, une manœuvre géopolitique bien plus déjantée et totalement folle se dessine dans l’Atlantique Sud. Le protagoniste ? Javier Milei, le président argentin totalement cinglé qui consulte un rabbin kabbaliste. L’objectif ? Les Malouines/Falkland.
Depuis des décennies, la revendication de l’Argentine de ces îles sous souveraineté britannique n’est qu’un vieux grief ceremonial, ressorti de temps à autre pour la consommation interne. Mais Milei n’est pas un péroniste. C’est un perturbateur totalement fou et sa stratégie pour récupérer les îles ne repose pas sur l’Organisation des Nations Unies ou le Droit International, mais sur une trinité insolite : le Mikveh, l’AIPAC et le marteau tarifaire de Donald Trump.
Essayons de mettre de l’ordre dans cette folie. Il s’agit d’un piège en trois phases que Londres considère probablement comme une théorie du complot… jusqu’à ce qu’il se referme.
Phase 1: la conversion
Tout le monde s’est focalisé sur l’aspect purement esthétique du fou de Buenos Aires: Milei avec un shofar, pleurant au Mur des Lamentations de Jérusalem, se convertissant au judaïsme (ou à une de ses sectes au pouvoir). La plupart des analystes ont qualifié ce théâtre d’excentricité spirituelle ou d’excès de fayotage. Ils sont passés à côté de l’enjeu réel.
En devenant le premier chef d’État ouvertement juif d’Amérique latine — et surtout, le dirigeant le plus théâtralement pro-israélien de la planète —, Milei ne cherchait pas seulement le salut de la secte. Il s’assurait une garantie politique auprès de l’AIPAC et du lobby pro-israélien américain au sens large. Il a déclare le transfert de l’ambassade argentine à Jérusalem en violation du Droit international et en faisant fi du parlement argentin. Il n’a émis aucune critique à l’égard de la politique incendiaire et criminelle de Tel-Aviv en Cisjordanie où des colons zombies et difformes sortis tout droit d’un film d’horreur attaquent tout ce qui bouge ou passe devant eux.

En échange, Milei le rocker ne demande pas seulement un soutien moral ; il réécrit discrètement le discours au sein des cercles de donateurs les plus influents de Washington, en murmurant une simple question : pourquoi le Royaume-Uni échappe-t-il à l’examen minutieux de la décolonisation territoriale ?
Fin matois le Milei? On verra.
Donald Trump rumine tout le temps entre deux canettes de Coca Cola lite qu’il considère comme un remède de prévention contre le cancer. Coincé par Netanyahou dans un conflit sans issue au Moyen-Orient, il a deux bêtes noires dans sa ligne de mire : le Royaume-Uni 🇬🇧 et l’Espagne 🇪🇸.
Pourquoi l’Espagne ? Parce que, selon toute vraisemblance et apparence, la croisade de l’UE contre la taxe numérique et le gouvernement socialiste de Madrid incarnent tout ce que déteste la fusion MAGA-AIPAC.
Pourquoi le Royaume-Uni ? Au-delà du péché idéologique du Premier ministre britannique Keir Starmer qui consiste simplement à exister, le Royaume-Uni est vulnérable. Le pays est économiquement fragile, dépendant sur le plan énergétique et ostensiblement fier de sa « relation spéciale » avec un establishment d’avant-Trump que Trump souhaite punir.
C’est là qu’intervient le « corollaire Milei ». Ce petit Milei qui peut même se revendiquer d’être cousin avec le criminel Netanyahou. Donald Trump ne se soucie pas en soi de la revendication territoriale de l’Argentine, qu’il doit même ignorer mais il tient à avoir un moyen de pression. Milei aurait proposé un accord global par des voies détournées : « ne vous contentez pas d’imposer des droits de douane aux Britanniques. Sanctionnez-les pour <<occupation coloniale>> », parallèlement aux sanctions contre l’Espagne.
La logique ? Alambiquée, mais juridiquement séduisante pour un esprit retors. Le Royaume-Uni exige avec acharnement que l’Espagne lui restitue Gibraltar tout en s’accrochant aux Malouines. Le plan de Milei ou enfin de ses conseillers israéliens qui sont en train d’acquérir tout le Sud de l’Argentine pour pas grand chose, consiste à mettre l’Espagne et les États-Unis en opposition au Royaume-Uni. Une note divulguée de la Heritage Foundation (non vérifiée, mais circulant sur X) suggère un « Accord Andes-Atlantique » : les États-Unis imposeraient des sanctions secondaires aux sociétés britanniques d’exploration pétrolière opérant dans la zone maritime des Falkland /Malouines — Sea Lion, ça vous dit quelque chose ? — sous prétexte de faire respecter « l’intégrité environnementale et territoriale » [le comble pour des gens dont c’est le dernier souci sur terre], à l’image des sanctions qu’ils viennent d’infliger aux flottes de pêche espagnoles.
C’est cela, l’art de la négociation à la sauce de l’AIPAC: La Grande-Bretagne ne capitule pas parce qu’une armée débarque sur les côtes de son lointain territoire outremers; elle capitule parce qu’un fonds spéculatif londonien fait faillite. On frôle le complotisme mais c’est comme cela que le monde réel fonctionne.
Le discours de Milei à l’intention de Trump relève du populisme pur et dur, à la manière de JD Vance : « Ils exportent du pétrole offshore tandis que nous importons la précarité énergétique. » En excluant les compagnies pétrolières des Malouines liées au Royaume-Uni du système de compensation libellé en dollars US, à l’aide des mêmes outils que ceux utilisés contre les oligarques russes (comme par hasard tous binationaux et vous avez deviné quelle est leur seconde nationalité), la subvention accordée à la garnison britannique devient politiquement toxique pour Westminster.
Dans le même temps, Milei joue sa « carte Israël » à coups de chaudes larmes et de burlesque. L’Argentine adopte officiellement le profil technologique des Accords d’Abraham. Les lobbyistes de l’AIPAC font pression sur le Congrès pour qu’il qualifie le refus du Royaume-Uni de négocier de « menace pour la sécurité de l’hémisphère ». Il ne s’agit pas seulement d’une manipulation mentale ; c’est un échange géopolitique tordu à la manière de la Knesset.
Trop invraisemblable ? Trump pourrait imposer des sanctions à l’Espagne à cause de l’usage de l’espagnol. Nous avons des fous furieux et des crétins au pouvoir.
Ce n’est pas une guerre navale. C’est une guerre de réseaux financiers et d’allégeances culturelles. La Grande-Bretagne ne peut se permettre une guerre de sanctions prolongée avec les États-Unis pour un archipel balayé par les vents où les stocks de calmars sont en déclin. Si le prix à payer pour défendre les Malouines est l’exclusion de la City de Londres du marché américain des pensions livrées, Starmer finira par céder.
Milei sait qu’il ne peut pas vaincre la Royal Navy. Même amoindrie, la marine de guerre britannique reste nettement supérieure à tout ce que peuvent aligner les pays d’Amérique latine réunis. Mais Milei est en contact direct avec l’homme capable de mettre le Trésor britannique en faillite. Avec un shofar dans une main, un drapeau israélien et un barème tarifaire dans l’autre, Milei pourrait bien réussir à chasser le Royaume-Uni de l’Atlantique Sud. C’est de la géopolitique à la limite du surréel, et ça marche.
Les habitants des îles Malouines ne seront alors ni libérés ni conquis. Ils feront l’objet d’échanges à la Bourse de New York.






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