Pendant 88 jours, l’ensemble des provinces iraniennes ont vécu dans un black-out numérique qu’elles s’étaient elles-mêmes imposé. Cette coupure prolongée d’Internet, l’une des plus longues sinon la plus longue depuis l’apparition d’Internet a été présentée comme une mesure nécessaire contre les opérations de guerre psychologiques étrangères et d’éventuelles nouvelles technologies militaires basées sur Internet donnant l’avantage aux États-Unis.
Hier, au 89e jour, les câbles à fibre optique reliant Bandar Abbas à Chabahar ont été réactivés. En l’espace de six heures de connectivité rétablie, une opération militaire portant clairement la marque numérique et cinétique du Commandement central américain (CENTCOM) a été menée contre une installation navale soupçonnée d’abriter des vedettes rapides près de Jask. Cette attaque américaine survenue quelques heures après le retour d’Internet a créé une dispute en interne en Iran car des généraux s’en aient pris directement à la présidence pour avoir « ouvert une brèche » alors que des conseillers du président affirment qu’il n’y a pas de rapport direct entre internet et la frappe US.
Ce n’était pas un hasard. Il s’agissait d’une exploitation classique d’une structure de commandement fracturée à Téhéran, et d’un rappel brutal qu’en 2026, l’accès au spectre électromagnétique est la première victime de la guerre — et que son rétablissement peut servir de déclencheur à une attaque.
Depuis trois mois, les plateformes de renseignement d’origine électromagnétique (SIGINT) des États-Unis et de leurs alliés sont à court de données. Les « aspirateurs » de la NSA, habituellement capables d’aspirer des téraoctets de communications de bas niveau, de signaux de géolocalisation et de données électroniques sur l’ordre de bataille, se sont soudainement retrouvés à tourner à vide.
La Marine du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC-N), qui domine le littoral sud, est revenue aux pratiques de sécurité des communications de l’époque de la Guerre froide. Elle a eu recours à des messagers, à de bons vieux téléphones de campagne filaires et à des transmissions par rafales courtes prétendument cryptées par quantum lesquelles, pour être franc, visaient davantage à se dissimuler dans le bruit qu’à être indéchiffrables. Pour un nœud de ciblage piloté par l’IA tel que le système JADC2 (Joint All-Domain Command and Control) de l’armée américaine, cette défense par déconnexion iranienne a créé un brouillard de guerre frustrant. On ne peut pas cibler un essaim de drones kamikazes à la source si celle-ci est invisible.
La formule dans ce domaine précis est simple et presque caricaturale: « Vous vous connectez à Internet, vous êtes mort«
Il semble que la décision de rétablir le service n’était pas le fruit d’une stratégie gouvernementale coordonnée. Il s’agissait d’une concession unilatérale de l’administration du président Pezeshkian face à la pression économique exercée par les magnats des affaires du sud du pays et une population autrefois ultra-connectée et maintenant désespérée de ne plus avoir accès à Internet . Les provinces du sud de l’Iran ne sont pas seulement des avant-postes militaires ; elles constituent le cœur battant de l’économie iranienne, de ses exportations pétrochimiques et de ses flottes de pêche. 88 jours sans internet, sans VPN ni transactions financières via SWIFT ont gravement affecté l’économie de ces régions.
La présidence iranienne aurait autorisé le rétablissement de la connexion à internet malgré l’avis contraire explicite des services de renseignement du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Le CGRI souhaitait que la coupure soit maintenue indéfiniment, arguant que la sécurité opérationnelle de ses exercices navals asymétriques dans le golfe d’Oman primait absolument sur tout autre impératif.
Les informations qui suivent nous ont été communiquées par un sous-traitant technique travaillant dans la région du Golfe persique. D’habitude, nous ne publions pas des informations techniques reçues d’un tiers mais tentons de les exploiter pour affiner notre compréhension des faits. Les voici texto
Début de citation
Dès que les premiers paquets provenant de FAI (Fournisseurs d’Accès Internet) nationaux ont commencé à circuler sur le réseau iranien, à 02 h 14 heure locale, les systèmes de collecte passive se sont activés.
… [Informations censurés car susceptibles d’identifier la source]
Les téléphones portables personnels des responsables logistiques du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) – des appareils qu’ils croyaient à tort ne contenir aucune trace ou avoir été dissimulés grâce à de nouveaux numéros IMEI – ont commencé à vérifier les messages WhatsApp, des statuts sur Facebook et les « like» sur Instagram et Tik Tok. Il s’agit de la phase de resynchronisation.
Les États-Unis n’ont pas eu besoin de déchiffrer le contenu crypté des conversations via led applications de messagerie instantanée. Ils se sont contentés de cartographier la constellation soudaine de signaux géolocalisés qui se sont regroupés autour d’un site connu, jusque-là inactif, situé à environ 24 km à l’est de Jask. C’est le piège des métadonnées. Toujours fatal.
En l’espace de six heures de connectivité, les algorithmes d’IA de combat ont détecté les signes annonciateurs de mouvements adverses: le téléphone d’un coordinateur logistique se rendant à un dépôt d’approvisionnement, la tablette d’un commandant consultant les prévisions météorologiques en mer d’Oman, et l’appareil ou l’ordinateur d’un responsable des autorités portuaires se connectant à un serveur de manifestes de fret.
Pour le JADC2, le voile a été levé. La cible est devenue lisible et donc visible.
Fin de citation
La frappe elle-même, qui aurait été menée par une combinaison d’avions de combat F-35C embarqués et d’une variante du Tomahawk lancée depuis la mer, s’est avérée presque décevante. Un drone MQ-9 Reaper participant à l’opération a été abattu. Un avion F-35C aurait essuyé des tirs.
Les États-Unis viennent de montrer qu’ils considèrent désormais le rétablissement de l’accès à Internet dans un État hostile comme un événement de démasquage.
Il est utile de rappeler dans ce contexte précis que lors de la guerre de Libye en 2011, Hillary Clinton condamnait les tentatives libyennes de déconnexion d’Internet et que des responsables US assuraient que des avions spéciaux survolant le littoral libyen rétablissait le réseau depuis les air. Les groupes armés libyens bénéficiaient entre Benghazi et Tripoli d’une connexion internet émanant de ces hotspots volants. Certains analystes établirent à l’époque un lien entre l’accès à internet et les opérations militaires US non seulement lors des phases d’ingénierie sociale et de guerre informationnelle mais également lors de la phase la plus cinétique des opérations de changement de régime contre des pays ciblés.
En rétablissant l’accès à Internet pour apaiser la colère de la population, le président Pezeshkian a, sans le vouloir, révélé des signatures numériques ayant permis des frappes aériennes adverses. Le CGRI considérera désormais tout assouplissement des mesures de sécurité numérique comme une menace existentielle directe. L’Iran a annoncé des représailles à cette attaque ayant violé le cessez-le-feu en cours.
Cela explique les stratégies très complexes et souvent rebutantes des coupures Internet sporadiques actuellement en Russie et la grande stratégie de la nouvelle version en cours de modification de ce que l’on désigne comme la Grande muraille numérique chinoise (commencée en 2008-2009).






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