Ce qui n’était qu’une rumeur persistente que l’on croyait relever de la guerre psychologique visant à altérer la détermination de l’adversaire comme lors de la seconde guerre du Golfe en janvier 1991 contre l’Irak, fait désormais l’objet de discussions au sein de certains cercles proches du pouvoir décisionnel à Washington. Frustrés par la tournure très inattendue de la guerre déclenchée contre l’Iran le 28 février 2026, des lobbyistes réclament l’usage d’armes nucléaires tactiques contre l’Iran, afin de reproduire le scénario de 1945. Selon les partisans de l’usage de l’arme atomique dans ce conflit, l’arme nucléaire est la seule option possible pour amener Téhéran à capituler. Cette illusion est dangereuse car elle est enracinée dans un fantasme historique.
Il y a quelque chose d’aussi ironique que paradoxal à cette situation: menacer d’utiliser l’arme nucléaire pour mettre fin au programme nucléaire d’un autre pays.
Les partisans du nucléaire tactique estiment concrètement que les installations nucléaires iraniennes sont enfouies à une profondeur telle que même l’énorme « bunker buster » GBU-57 ne peut les atteindre. Ce qu’ils préconisent en conséquence est de remplacer cette GBU-57 par une arme nucléaire tactique. Ils pensent que cette option serait peut-être la seule réponse militaire possible à ce conflit.
On est sortis du domaine de la stratégie militaire vers le fantasme historique.
Ce fantasme historique séduit par sa simplicité : un éclair soudain et aveuglant, un ennemi anéanti et une guerre terminée selon les conditions imposées par les États-Unis, à l’image du récit d’Hiroshima et de Nagasaki les 06 et 09 août 1945. Le 02 septembre, l’Empire du Japon avait capitulé.
Cette analogie n’est pas simplement erronée. C’est une illusion très dangereuse. On est dans l’atmosphère de folie du film Dr. Folamour (Dr. Strangelove) de Kubrick. Une frappe nucléaire tactique contre des cibles iraniennes fortifiées n’entraînerait dans aucun cas de figures possibles une capitulation à la japonaise. Elle n’apporterait aucun avantage tactique ni stratégique. Il anéantirait la position géostratégique des États-Unis et détruirait l’architecture déjà fragile des relations internationales.
Mise à jour : selon certains analystes, ce ne sont pas les États-Unis mais Israël qui envisage d’utiliser l’arme nucléaire contre l’Iran en en faisant porter la responsabilité à Washington. Dans ce cas de figure, on est devant un possible cas de nihilisme géostratégique.
Photographie d’illustration : Représentants de l’Empire du Japon à bord du cuirassée USS Missouri pour la signature de la capitulation, septembre 1945. Image modifiée et libre de droits.






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