Jamais, depuis la funeste journée du 06 août 1945, le monde n’a été aussi proche d’un conflit nucléaire. La possibilité d’un usage d’armes nucléaires tactiques ou stratégiques en Eurasie et au Moyen-Orient est non seulement élevée mais presque inévitable.
Si quelqu’un nous avez demandé il y a une décennie de cela de décrire l’atmosphère d’un monde pré-conflit nucléaire, j’aurais évoqué le bourdonnement sourd de la fameuse image symbolique de l’Horloge de l’Apocalypse, et non la prolifération des attaques de drones ciblant des infrastructures stratégiques en profondeur.
On n’a jamais vraiment pensé à un tel scénario et pourtant nous y sommes de plein pied. Des troupeaux de gens font du shopping sur le net dans des pays en guerre sans formalités (pas de déclaration de guerre officielle, usage désuet) et ne sachant même pas qu’à tout moment un missile nucléaire peut s’abattre.
Nous ne sommes pas simplement dans une période de risque théorique de prolifération ; nous assistons à la militarisation de la sécurité nucléaire elle-même. Le risque de conflit nucléaire a atteint son niveau le plus élevé depuis 1945. À l’époque déjà, certains esprits forts aux États-Unis, unique détenteur de l’arme atomique, préconisaient de bombarder l’ex-URSS alliée à coups de bombes atomiques Fat Man (comme celle lâchée au-dessus de Nagasaki) ou Little Boy (lâchée sur Hiroshima).
Nous sommes en 2026 et le risque d’un échange nucléaire a dépassé tous les seuils de tolérance à la douleur. Pour la Russie, la campagne de bombardement par drones menée par les pays européens contre ses infrastructures stratégiques auraient précipité une salves de missiles nucléaires vers des cibles situés en Europe occidentale et centrale; pour les États-Unis, enragés de ne pouvoir gagner un conflit avec l’Iran et d’avoir été humiliés par un pouvoir iranien résilient et acharné, l’arme nucléaire aurait déjà été utilisée par une administration Trump puérile et corrompue contre l’Iran si ce n’était la clairvoyance de certains généraux US.
Pour saisir le risque concret d’un échange nucléaire — aussi limité soit-il —, nous devons faire abstraction de la rhétorique et examiner les mécanismes des fronts les plus instables. Deux aspects requièrent désormais notre attention immédiate : la patience stratégique de la Russie, qui s’effrite sous l’effet d’une campagne aérienne fantôme menée tambour battant par la Grande-Bretagne et l’ensemble de l’Europe continenrale sous couverture ukrainienne, et la transformation irréversible de l’Iran, qui passe du statut d’État au seuil de la puissance nucléaire à celui d’État survivant doté de l’arme nucléaire, pour lequel l’acquisition de la bombe n’est plus une question de « si », mais de « quand », et la manière dont cette inévitabilité redéfinit l’ensemble de l’escalade.
Depuis des mois, l’Ukraine, en tant que paravent de l’Europe en guerre, mène une campagne de frappes à longue portée en profondeur sur le territoire russe, visant systématiquement des raffineries de pétrole, des oléoducs et des aérodromes militaires. Cette campagne exploite des failles flagrantes : les défenses aériennes russes, débordées, ne parviennent pas à protéger efficacement des installations dispersées et de grande valeur contre des vagues successives et ininterrompues de drones peu coûteux. Ces frappes ne sont pas symboliques. Elles ont touché les raffineries de Novokuibyshevsk et de Syrzan dans l’oblast de Samara, un terminal pétrolier à Vysotsk dans l’oblast de Leningrad, ainsi que des stations de pompage dans le kraï de Krasnodar. Des aérodromes militaires et une centrale électrique dans la région de Rostov ont également été frappés, confirmant qu’aucune partie des districts militaires occidentaux de la Russie n’est totalement à l’abri.
Il s’agit de la campagne militaire « fantôme » de ce que Moscou appelle l’Occident collectif en ordre de bataille : sans personnel au sol, que l’on peut nier (« ce sont les Ukrainiens ») et persistante comme des relents de pestilence. Elle fonctionne comme une force aérienne européenne fantôme, produisant des effets stratégiques sans franchir le seuil d’une intervention ouverte de l’OTAN. Contrairement aux colonnes de blindés bien visibles des doctrines passées, cette menace surgit de l’ombre et peut être niée.
La patience stratégique : une pause réfléchie, et non de la passivité
La réponse de Moscou à cette hémorragie interne s’est caractérisée par ce que certains analystes appellent la « patience stratégique ». Il ne s’agit pas d’une acceptation passive. L’approche russe allie pression et négociation tactique, comme l’illustre le bref cessez-le-feu concernant les infrastructures énergétiques, destiné à mettre fin aux attaques contre les réseaux électriques civils. Lorsque cette trêve a pris fin en février 2026, les attaques contre les infrastructures de Kharkov et de Soumy ont repris, démontrant que Moscou est prêt à faire une pause pour des raisons humanitaires, mais qu’il n’acceptera pas indéfiniment des désavantages opérationnels unilatéraux.
Cette patience revêt un caractère stratégique, car elle permet à la Russie de gagner du temps pour affaiblir les défenses aériennes ukrainiennes au moyen de salves massives, comme la série de frappes de janvier 2026, au cours de laquelle plus de 330 drones et missiles ont pilonné Kiev. Elle s’inscrit également dans une stratégie géopolitique plus large visant à mettre en place des structures de sécurité prévisibles. Mais la patience a ses limites, et ces limites sont mises à l’épreuve chaque jour par des explosions survenant au cœur même du territoire russe. Le marteau nucléaire n’est pas loin.
Le marteau nucléaire
Ce n’est pas une victoire ukrainienne-impossible a demeurant- qui déclencherait une riposte nucléaire russe limitée, mais une défaillance catastrophique du système de commandement et de contrôle. Dans et pour le pire scénario, les services de renseignement russes ont élaboré des plans détaillés visant à mener des actions de sabotage contre leurs propres gazoducs d’exportation — notamment TurkStream et Blue Stream — afin de fabriquer un prétexte permettant d’accuser l’Ukraine de « terrorisme énergétique » et de forcer un assouplissement des sanctions occidentales. Lorsqu’un nœud énergétique vital explosera et que Moscou affirmera qu’il s’agissait d’un drone ukrainien, l’espace informationnel sera inondé de flux informationnels destinée à faire passer une frappe « de représailles » russe contre un des sites européens d’où proviennent les drones et les images satellites pour justifiée.
La question de la sûreté nucléaire est encore plus préoccupante. Les frappes russes ont privé d’électricité les sous-stations qui alimentent Tchernobyl, et la centrale nucléaire de Zaporijia reste sous contrôle militaire. Si une centrale nucléaire ukrainienne venait à subir un rejet radiologique — ou si un accident se produisait dans une installation dont la Russie affirme que l’Ukraine n’est pas en mesure d’assurer la gestion en toute sécurité —, Moscou a posé les bases doctrinales pour interpréter cela comme une « attaque conjointe » menée par un État non nucléaire soutenu par des puissances nucléaires.
La doctrine militaire nucléaire russe se réserve le droit de recourir à l’arme nucléaire en réponse à des attaques conventionnelles menaçant l’existence même de l’État. La campagne européenne « fantôme » met aujourd’hui à mal les infrastructures énergétiques essentielles de la Russie. Si une attaque, qu’elle soit réelle, montée de toutes pièces ou déclenchée accidentellement, parvient à être présentée par Moscou comme une menace existentielle orchestrée par des mandataires de l’OTAN, le terrain sera alors préparé pour une « démonstration » nucléaire limitée ou pas. Dans le scénario d’un frappe nucléaire limitée, les chances d’une escalade en chaîne incontrôlée impliquant les États-Unis sont quasiment de 80%. Les partisans du trigger happy (gâchette facile) nucléaire à Washington sont légion.
Ce qui change côté russe est que de plus en plus de responsables miliaires russes sont favorables à l’envoi de la sauce. Ce qui nous met dans une situation unique de pré-guerre nucléaire dont les contours se dessinent.
Dans notre prochaine partie, nous allons voir comment la désillusion stratégique US et israélienne en Iran a produit une rage pathologique susceptible de se transformer en un berserk nucléaire sans aucune retenue d’autant plus que l’Iran a réduit toute sa politique à l’acquisition de l’arme nucléaire.
Photographie d’illustration: un bombardier stratégique B-21 Raider US, susceptible d’être utilisé dans des frappés nucléaires contre l’Iran et la Russie. Ce scénario est très loin d’être invraisemblable et constitue en ce moment l’ossature des plans de guerre américains.






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