Dans le grand cirque de la guerre au Levant il y a quelque chose qui ne tourne pas rond: la résistance aux politiques de l’empire n’émane que des territoires d’États faillis : le Sud-Liban et le Nord-Yémen. Ce dernier est non seulement un État failli, en guerre mais également l’un des plus pauvres de la planète.
Le produit intérieur brut (PIB) du Yémen s’élevait à 21,05 milliards de dollars américains en 2023, selon les données officielles de la Banque mondiale. La valeur du PIB du Yémen représente 0,02 % de l’économie mondiale.
À titre de comparaison, le coût du projet du porte-avions à propulsion nucléaire US Gerald R. Ford (CVN-78) dépasse 38 milliards de dollars.
Ces réalités sont souvent omises dans l’évaluation des conflits affectant la partie centrale du monde où beaucoup d’analystes se focalisent sur des détails à portée sensationnelle (comme l’attaque d’un drone kamikaze) et font l’impasse sur la grande image.
Le principe de réalité nous renseigne sur les priorités accordés par les pays de la région au conflit et expliquent leur posture vis-à-vis des belligérants. D’un point de vue technique, ce conflit oppose deux acteurs non-étatiques à un État. Les deux parties étant naturellement soutenues par un jeu d’alliances plus ou moins stable.
Ce qui semble être en décantation est cette volonté des médias d’exploiter un conflit émanant d’un autre bien plus ancien pour en faire une sorte de défoulement cathartique pour les uns et de refoulement névrotique pour les autres.
S’il n’y avait un nombre élevé de victimes parmi les populations civiles, surtout dans la bande de Gaza, on a ici tous les éléments d’un spectacle télévisé spécialement conçu pour manipuler les opinions publiques. Cela explique les excès des propagandes des deux côtés, et dont le caractère exacerbé a été aggravé par les velléités victimaires propres à chaque camp.
Dans ce sens et bien avant la reprise des hostilités dans la bande de Gaza et au Sud-Liban, des chaînes d’information en continu très suivies dans la région MENA avait pour objectif d’orienter l’opinion vers la réprobation morale et la résignation. C’était le cas de la chaîne Al-Jazeera du Qatar (loin d’être la seule dans ce registre toutefois). Cette orientation des sentiments d’une opinion réellement favorable à la cause palestinienne avait pour but la canalisation de la colère populaire, problématique pour les régimes de la région, et son évacuation par la résignation face à un statu quo perçu comme définitif.
Au Yémen, le spectacle s’offre en mer avec ce que des analystes n’ont pas hésité à qualifier de révolution dans les affaires militaires navales. En fait, l’émergence des drones kamikazes aériens et navals dans la guerre en Ukraine contre la flotte de la Mer Noire, et, de façon progressive en Mer rouge et au Golfe d’Aden, ne pouvait que changer les stratégies et les tactiques du combat naval en surface moderne ainsi que les techniques y afférents.
Un empire océanique focalisant l’attention sur un conflit symétrique frontalier en Europe orientale et un autre totalement asymétrique du Levant jusqu’au Golfe d’Aden semble avoir adopté la stratégie de l’usure à moindre coût tout en stimulant les bénéfices de son complexe militaro-industriel. C’est une approche systémique qui offre le mérite de limiter à une zone géographique précise des risques susceptibles de débordement pour les belligérants directs sans préjudice réel du territoire utile de l’empire. Ce type de conflit dure longtemps car le profit est directement proportionnel à sa durée.
C’est un spectacle qui doit être constamment entretenu et c’est là qu’intervient le rôle des médias, des réseaux sociaux et de la propagande, lesquels tentent d’amplifier des faits mineurs, de minimiser des faits graves, d’exploiter le buzz de vidéos destinées à la consommation de masse et jouer sur les provocations réelles et/ou simulées.
Ce spectacle continue sur fond d’un très grave déclin politique, économique, éthique, social, culturel et militaire dont semblent souffrir tous les pays du monde, l’empire inclus. Cela explique l’état d’hébétude universel d’une humanité aux prises avec une régression généralisée, une perte de sens et un déclin dans tous les domaines. Face à cette masse inutile et amorphe, il ne reste plus qu’à adapter les vieilles recettes qui ont fonctionné de par le passé lointain et récent : panem et circences, en l’adaptant à la vision globale via les vidéos en ligne et les médias portés dans la poche.







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