Certains analystes croient fermement que le fait de déclencher un échange limité de frappes nucléaires tactiques en Eurasie et plus particulièrement en Europe orientale n’aura que très peu de répercussions sur le reste du monde et que le sacrifice de quelques territoires (et des populations qui y vivent) est bien peu comparativement avec l’objectif recherché depuis des décennies: la destruction de la Russie.
Plus encore, les élites militaires et politiques US sont plus que persuadées de pouvoir gagner militairement un conflit nucléaire à condition qu’il advienne loin de leurs territoires.
Indubitablement, un échange de frappes nucléaires tactiques entre la Russie et les États-Unis (et leurs alliés) en Europe orientale affectera en premier lieu l’Ukraine mais surtout les pays Baltes, la Russie occidentale, la Pologne, la Roumanie et la Bulgarie. Cependant, même une limitation de l’usage de ce type d’armes en Ukraine orientale est risqué dans la mesure où l’énième ligne rouge franchie dans ce conflit conduira assez promptement à une escalade de l’échelle tactique à l’échelle stratégique.
Une telle escalade d’échelle, graduée ou pas, conduira inévitablement à l’usage d’armes stratégiques et donc un ciblage des territoires et des objectifs stratégiques des pays belligérants directs et indirects. La notion de belligérant indirect dans le domaine de la guerre hybride est ambiguë mais recouvre celle d’un belligérant direct dans un conflit conventionnel. Cela mettrait les capitales des pays impliqués dans le conflit sous la menace de frappes nucléaires.
Avant d’arriver à un tel scénario sur lequel travaillent nombre de spécialistes en vue de trouver le moyen le plus sûr de gagner une guerre nucléaire à faible coût et exploiter cette victoire pour proclamer, plus de trente ans après la chute de l’ex-URSS et de ses satellites, le triomphe définitif de l’idéologie de l’empire (laquelle se confondait à l’epoque de Francis Fukuyama avec le libéralisme mais ce n’est pas le libéralisme), il y a une véritable échelle de Jacob vers une confrontation nucléaire même pour l’esprit belliciste le plus enthousiaste. En dépit de la rénovation, de la modernisation et la mise à niveau des arsenaux de la dissuasion nucléaire, il existe un risque élevé pour que les systèmes actuellement mis en place depuis des décennies ne fonctionneront pas comme prévu. Il existe même une secte au sein du Pentagone qui croient qu’une grande partie de la dissuasion nucléaire russe ne soit que bluff parce si les États-Unis auraient été confrontés aux mêmes défis que la Russie dans ses espaces géopolitiques immédiats, Washington aurait préconisé l’usage de l’arme nucléaire en premier avant les armes conventionnelles. Le fait que la Russie soit restée passive devant le franchissement de ses adversaires de plusieurs lignes rouges est perçu comme un signe de faiblesse par l’OTAN. Cette perception est d’ailleurs confirmée par le propos du Secrétaire général sortant de cette alliance militaire ainsi que la décision de son bras commercial qu’est l’Union européenne de léger toute restriction sur l’usage de systèmes d’armes de longue portée pour frapper la profondeur stratégique de la Russie.
Pour certains observateurs pro-Otan, si la Russie ne bouge pas, cela veut dire que son système de dissuasion nucléaire n’est peut être pas aussi efficient que ne présente Moscou. D’autres analystes pro-guerre nucléaire sont même allés aussi loin que d’affirmer que la dissuasion nucléaire russe n’existe pas.
Ce glissement mental libre est très dangereux dans la mesure où nous avons des processus d’élaboration et de prise de décision susceptibles d’être biaisés par des « croyances », des passions et l’auto-illusion de la puissance, avec ou sans possession de moyens justifiant cette illusion. L’omission de la barrière psychologique et éthique inhérente à l’usage d’armes de destruction massives et les conséquences possibles qui en résulteront révèle une faille du raisonnement et des troubles relevant du domaine de la psychiatrie clinique. Cette fuite en avant nihiliste pour maintenir une hégémonie totale, combinée à une phobie irationnelle de la possibilité d’un monde multilatéral sur fond de crise systémique des modèles économiques et financiers laissent planer de très lourdes menaces sur la paix et la stabilité internationales.
Jusqu’à présent, le seul cas avéré de l’usage d’armes atomiques est celui des bombardements atomiques US des villes d’Hiroshima et de Nagasaki, respectivement les 06 et 09 août 1945. Une autre bombe atomique allait être lancée sur une autre ville japonaise le 12 août de la même année mais l’empereur Hirohito mit fin aux attaques nucléaires en acceptant, contre l’avis des chefs militaires et politiques, la reddition du Japon.
Un éventuel usage de l’arme nucléaire même à faible puissance par la Russie mettra fin au narratif accusant les États-Unis d’être la seule nation sur Terre à avoir utilisé le feu nucléaire contre des populations civiles dans un conflit et cela serait d’une certaine manière une victoire symbolique pour Washington, similaire dans certains de ses aspects aux cris désespérés de ceux qui veulent se laver des crimes d’esclavage,, de traite d’êtres humains et de colonialisme de par le passé en accusant leurs adversaires perçus comme tels des mêmes crimes pour bâtir un critère normatif mettant à égalité les bourreaux et les victimes et absoudre par la même occasion les commanditaires de tels fléaux. Cette dimension psychologique échappe totalement aux bellicistes rêvant non seulement de guerre nucléaire mais se voyant déjà surgir des fumées radioactives le torse bombé avec les oripeaux en lambeaux d’une victoire, face à laquelle celle de Pyrrhus 1er paraîtrait infiniment plus brillante.
Le monde est dans une phase des plus dangereuses jamais vécue. La somme de toutes les situations, contrôlée pour le moment se dirige vers un paroxysme à roue libre dont personne ne peut prévoir l’issue. La guerre ne doit jamais servir de base pour l’économie. Ce concept monstrueux est le véritable danger mortel menaçant l’humanité et non pas les fausses menaces créées et brandies par la propagande universelles à des fins de taxation et de profit.






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