Les frappes de missiles Tomahawk US sur des cibles près de Jabo, dans la province de Sokoto dans le nord-ouest du Nigeria semblent avoir été effectuées en partie depuis le Golfe de Guinée pour combiner effet d’annonce et impact symbolique. D’après les renseignements fournis côté US, ces frappes ont été menées avec la coopération du Nigeria dont les services de renseignements auraient « opté » pour la « liste finale » des sites visés avant le lancement des projectiles mais le problème de la pertinence des cibles persiste au plus haut point, et ce, pour moult facteurs dont il serait quasimement impossible d’analyser dans les limites de ce billet.

Officiellement, les sites ciblés seraient ceux de l’ancien groupe dénommé « Boko Haram », lequel aurait connu un nouveau label sous la dénomination de l’État Islamique® en Afrique de l’Ouest » ou un acronyme tape-à-l’œil dans ce registre. Sur la forme et d’un point de vue proche de la base électorale de Trump-Vance, soit les évangélistes postmodernes, c’est l’optimum puisque ces frappes répondent d’un point de vue relevant strictement des publications sur X et Truth Social de l’administration US (lesquelles ne coïncident pas avec les concepteurs de la politique étrangère US) aux attaques des groupes armés se réclamant de l’idéologie Boko Haram/Al-Qaïda®/État islamique en Afrique occidentale contre les Chrétiens évangélistes du Nigeria.

D’un point de vue technique, ces frappes confirment la montée en puissance des capacités de ciblage de pays dont la population dépasse les 80-90 millions d’habitants comme l’Iran alors qu’auparavant les États-Unis ne s’attaquaient qu’à des pays comme la Grenade (80 000 habitants en 1983), le Panama (2 millions d’habitants en 1989), la Libye (3.8 millions d’habitants en 1986) avant de passer à l’Irak (18 millions d’habitants en 1991 et 26 millions d’habitants en 2003). Avec 238 millions d’habitants en 2025, le Nigeria est actuellement le pays le plus peuplé d’Afrique et ces frappes US donnent l’impression que Trump a restauré la puissance militaire US malmenée depuis la guerre du Vietnam dans les années 60 et 70 puis en Afghanistan et en Irak dans les années 2000-2010.

Qu’en-est-il du résultat? Sur le terrain, il est fort douteux que ces douze frappes aient un impact quelconque sur l’évolution de centaines de groupes armés hétéroclites et très divers dont les motivations sont inhérentes aux contradictions ethniques, confessionnelles et sécessionnistes d’un pays d’une extrême complexité démographique comme le Nigeria. Cependant, ces frappes fragilisent le gouvernement du Nigeria et pourraient approfondir certains clivages locaux et donc relancer des luttes oubliées. Certains analystes y voient déjà un résultat tactique, renforcé par l’idée que la diplomatie du Tomahawk est largement surannée en 2025 même si seuls trois ou quatre pays sur les 54 pays d’Afrique reconnus par les Nations Unies disposent de capacités de défense aérienne.

Cet anachronisme dans l’usage de systèmes d’armes du siècle dernier ne doit pas toutefois cacher la montée scalaire des capacités de ciblage. L’exemple tout récent de l’Iran en fournit un même si Washington ne peut pas s’en attribuer à 100% le mérite pour des raisons de sous-traitance de la dissuasion stratégique à un État tiers, il n’est demeure pas que le poids démographique ne constitue plus un élément de dissuasion et qu’il a été annulé par l’environnement technologique et plus précisément la militarisation d’Internet et son monopole absolu par les États-Unis. Internet est jusqu’à ce moment un territoire sous souveraineté exclusive US.


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