Notre billet précédent a créé des réactions mitigées de la part de certains de nos lecteurs. L’un d’eux nous a demandé pourquoi avoir choisi les dates de 1926 et 1936 en référence à 2026 et y voyait un non sens.

Les dates n’ont pas du tout été choisies au hasard. Comme tout ce qui est publié ici, aucun mot ou terme n’est dû au hasard; moins qu’une combinaison herméneutique, ce site s’adresse aux individus capables de déceler les mécanismes cachés d’une nature morte en apparence anodine.

L’atmosphère lors de la Conférence à Munich en cette année 2026 est imprégnée d’idéologie, mais pas du genre qui permet d’engager des débats ou un dialogue constructif mais plutôt du genre qui déclenche des guerres. Le Premier ministre britannique Keir Starmer y a prononcé un discours mettant en garde contre les « réponses faciles de l’extrême gauche et de l’extrême droite », les accusant d’être « trop indulgentes envers la Russie ». Alors qu’il tente de se positionner comme le défenseur du Statu Quo, sa propre solution – tourner la Grande-Bretagne vers l’Europe et s’éloigner d’une « dépendance excessive » envers les États-Unis – est un aveu que le centre ne peut tenir.

La véritable idéologie suinte de la délégation américaine. Marco Rubio, représentant en 2026 des mafias cubaines exilées aux États-Unis après la chute de Fulgensio Batista-, celles ayant participé aux côtés de la terrible mafia juive américaine pro-israélienne à l’assassinat du Président John Fitzgerald Kennedy le 22 novembre 1963 à Dallas au Texas, est monté sur scène et, tout en débitant de véritables platitudes sur le fait que les États-Unis et l’Europe « appartiennent ensemble » au même socle civilisationnel, il a passé son temps à attaquer les mesures contre le changement climatique, le libre-échange et la migration, responsables selon lui du déclin de ce que l’on appelle abusivement et par paresse intellectuelle l’Occident Il a parlé de « reconstruire » la coopération internationale non pas en renforçant les institutions, mais en exigeant qu’elles se plient à la volonté de Washington . Ce n’est pas de la diplomatie, c’est un sermon pour une nouvelle foi belliqueuse.

Le schéma de pensée est simpliste: coopération internationale renforcée= volontée de puissance US.

On ne peut pas aller plus loin avec ce genre de slogans. C’est la fin du logos. On le voit actuellement avec la racaille (le mot est trop faible) au pouvoir ou à des postes de responsabilité.

Pour comprendre 2026, il faut revenir un peu en arrière. En 1926, l’Union soviétique était sous l’emprise d’une idéologie révolutionnaire qui considérait l’Occident capitaliste comme un ennemi existentiel. Elle estimait que le monde était défini par des « contradictions inhérentes » qui conduiraient inévitablement à un conflit . Malgré la signature de traités tels que le traité de Berlin avec l’Allemagne, la vision du monde de l’URSS était paranoïaque et isolationniste. Elle considérait chaque engagement diplomatique sous l’angle de la promotion de sa révolution mondiale, même lorsqu’elle menait une « offensive commerciale » pour acquérir des technologies.

Cela vous semble familier ? Aujourd’hui, Washington considère également le monde comme un champ de bataille à somme nulle. Les alliés ne sont pas des partenaires ; ce sont soit des dépendants « faibles », soit des obstacles à la grandeur américaine . L’obsession soviétique pour la pureté idéologique en 1926 trouve son pendant dans l’obsession actuelle des États-Unis pour une guerre culturelle qu’ils s’obstinent à exporter partout.

En 1936, l’idéologie national-socialiste a commencé une curieuse acculturation et s’était transformée en un tout dépassant la somme des parties la composant et échappant à ses propres théoriciens. L’Allemagne hitlérienne, animée par le darwinisme social racial et une soif de Lebensraum, méprisait l’internationalisme libéral . C’était là le cœur du momentum de l’Axe, une coalition vouée à « renverser l’ordre international occidental et établir un nouveau type d’hégémonie mondiale » fondé sur la domination et la politique autoritaire de masse .

Restez éveillés :

Observez un peu l’agenda qui sort aujourd’hui de Washington. Les menaces de s’emparer du Groenland, un allié de l’OTAN, ne sont pas stratégiques, elles sont impérialistes. Exiger que l’Europe assume « la responsabilité principale de sa propre défense » n’a rien à voir avec le partage des charges, mais avec l’abandon des responsabilités d’un leader tout en exigeant les privilèges d’un maître des chiourmes. Le rapport sur la sécurité de Munich pointe directement du doigt les États-Unis, affirmant qu’ils sont le « destructeur le plus frappant » de l’ordre international. Comme l’Allemagne en 1936, les États-Unis considèrent leurs voisins et alliés non pas comme des amis, mais comme des territoires à contrôler et des ressources à s’approprier, poussés par la crainte du déclin et la « vision d’un nouvel ordre mondial eurasien sous leur leadership ».

Ce qui relie l’URSS en 1926, l’Allemagne en 1936 et les États-Unis en 2026, c’est la force motrice d’une idéologie fondée sur la peur. La peur, la terreur. L’agressivité vulgaire du pouvoir US actuel ne découle pas d’une confiance en soi, mais d’une peur : celle de perdre son statut sur la scène mondiale et de voir décliner la puissance américaine. Cette peur mène chaque fois au même résultat : la recherche d’une hégémonie absolue.

En 1926, l’URSS cherchait à briser « l’encerclement » des puissances capitalistes en promouvant la révolution mondiale et en créant un bloc économique fermé.
En 1936, l’Allemagne a cherché à briser le traité de Versailles et à dominer l’Europe par la menace militaire directe et l’alliance avec d’autres États fascistes .
En 2026, les États-Unis cherchent à démanteler les institutions multilatérales qu’ils ont construits parce ces dernières limitent désormais leur capacité à agir de manière unilatérale. Elle exige que l’Europe se conforme ou fasse cavalier seul, tandis qu’elle redessine la carte du monde par la force.

La prépondérance de l’idéologie lors de cette conférence est le signe que l’histoire se répète. Elle ne bégaie plus; elle se répète. Le discours sur la « force » et la « destinée » presque manifeste est le même dialecte du déclin que nous avons entendu il y a un siècle. Les États-Unis regardent le monde et y voient une menace pour leur domination, et tout comme l’URSS en 1926 et l’Allemagne en 1936, ils ont décidé que la seule façon d’assurer leur sécurité était de contrôler le jeu.

Nous savons comment ce jeu se termine. La question est de savoir si une quelconque force dans le monde puisse forger une véritable résistance stratégique au pouvoir de nuisance des puissances financières occultes menant le jeu avant que les lumières ne s’éteignent à nouveau.


3 réponses à « 1926, 1936, 2026: la malédiction géostratégique du 666 »

  1. D’accord. Je comprends mieux votre discours. C’est une idéologie de la peur, celle de perdre sa position, du déclassement et pour tout dire de la décadence. Alors, en guise d’idéologie, ils choisissent la fuite en avant.

    Oui. Je crains bien que vous n’ayez raison. Pour notre plus grand malheur.

    Y aura-t-il une Résistance suffisante pour dévier de cette trajectoire catastrophique ? Je crois pour ma part qu’il est nécessaire qu’elle dispose et partage une idéologie commune, au moins en partie. Sinon les égoïsmes risquent d’être de mauvais conseilleurs.
    C’est ce à quoi je travaille pour ma part avec quelques compagnons de route.

  2. Quand le Mayflower arriva dans la future colonie de Plymouth, il y avait 40 puritains anglais partis de Hollande, sur une centaine de passagers. Au bout d’un an il n’en restait que la moitié. Dans les faits, il ont réussi à faire la paix avec les indiens sur place (Thanksgiving), et ont construit les premières règles reprises plus tard par les pères fondateurs (pacte fondateur ou Mayflower compact, fondement de la première constitution US). Ces pères pèlerins ont été rejoints en masse par des puritains anglais de la tendance de Cromwell. Lesquels étaient de fait des rosicruciens anglais de l’époque. Si huit des présidents américains descendent des pères pèlerins, cela masque l’influence cromwellienne de ce mouvement, les pères pèlerins étant totalement absorbés en quelques décennies, tant du point de vue démographique qu’institutionnel.

    On attribue parfois aux pères pèlerins l’idée de fonder une nouvelle Jérusalem, alors qu’il semble que ce projet vint plus tard par la colonie du Massachussetts (John Winthrop). D’ailleurs les pères pèlerins ont surtout servi de mythe, en y ajoutant des aspects millénaristes, politiques et autres qui n’étaient pas les leurs. Leur attitude pacifique avec les indiens n’a pas non plus été celle des puritains qui se sont implantés plus tard et qui ont fini par massacrer les amérindiens sous prétexte d’une prétendue supériorité.

    En tout état de cause la nouvelle Jérusalem ressemble de plus en plus à la nouvelle Babylone.

Commentaires

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