À l’ensemble de nos lecteurs à travers le monde,
Lorsque nous avons fondé cette plateforme en avril 2011, nous partions d’un principe simple : celui selon lequel le flux sélectif d’information pouvait suivre une ligne droite. L’idée centrale était de transformer un pense-bête d’un professionnel tenu par un certain nombre de contingences et de limitations (en gros censuré en interne et en externe) en une sorte de centre de réflexion ou un cabinet de consulting ouvert au grand public. Ce qui a commencé de manière un peu ludique et à mi-temps a fini par se transformer, en dépit d’une très forte résistance, en une vocation professionnelle à part entière et un métier à plein temps.
Au cours des quatre années écoulées, il est devenu totalement impossible d’ignorer que le terrain sous nos pieds avait radicalement changé. Nous devons reconnaître ce changement et réfléchir sur une nouvelle orientation stratégique. La reprise en main d’internet a rendu les sites internet obsolètes et les restrictions imposées indirectement par les géants du numérique comme Google pour démonétiser des millions de sites ou du moins restreindre leurs revenues relevaient dès le début d’un changement de paradigme basé sur la militarisation progressive d’Internet et de l’instauration d’une sorte de module de commandement et de contrôle dans un réseau décentralisé à des fins stratégiques.
La nouvelle réalité n’est guère favorable au travail que nous tentons de faire.
Nous nous retrouvons tous confrontés à une triple contingence exigeant une refondation en profondeur de notre approche.
Un environnement hostile
Notre dépendance vis-à-vis des serveurs loués est devenue une vulnérabilité insoutenable: elle restreint notre indépendance et rend notre présence en ligne fondamentalement aléatoire.
Nous sommes soumis à des facteurs externes sur lesquels nous n’avons aucun contrôle : pannes d’infrastructure, changements de politique d’entreprise et pression géopolitique exercée par l’intermédiaire des hébergeurs. Ce n’est pas de la souveraineté. C’est de la dépendance, et cela n’est plus acceptable.
L’écosystème digital ou numérique n’est plus neutre. La suppression algorithmique, les interférences de réseaux de bots et l’utilisation à des fins malveillantes des indicateurs d’engagement ont dégradé les conditions de travail.
Certains observateurs soulignent que nous vivons la fin d’Internet. C’est également la fin d’une ère marquée par une certaine liberté d’expression en ligne.
Nous vivons dans une époque marquée par des tensions idéologiques accrues, superficielles et surfaites puisque servant d’outils d’ingénierie sociale. Dans presque tous les pays du monde en 2026, la nuance est étouffée par les exigences de la polarisation. Cette tendance est universelle et est présentée à la fois comme une prise du pouvoir par les grandes corporations du numérique et une reprise en main par l’État-Nation dans son acception historique d’un domaine qui échappait à son emprise mais dont l’écosystème relève de la sécurité nationale d’un seul État développant des aspirations hégémoniques mondiales. Ce constat patent n’a rien de péjoratif mais reflète un rapport de force en mutation. Le Splinternet ou l’Internet multiple, n’est pas pour demain puisque aucun autre État ne peut ou ne veut s’affranchir de l’architecture verrouillée actuelle du réseau des réseaux et aucun effort n’est déployé dans ce sens par d’autres acteurs non-étatiques. La prédominance de OS ou systèmes d’exploitation pour mobiles en 2026 est révélateur de l’incapacité des puissances dites « révisionnistes » (c’est-à-dire contestant l’ordre hégémonique créé à l’issue de la Seconde guerre mondiale et renforcé après 1992) à se positionner comme des alternatives dans ce domaine. Cet état de fait, lequel va s’aggraver avec le verrouillage très imminent d’Android doit être intégré à toute stratégie de développement dans le domaine numérique avec, pour unique alternative, la retour au bloc-note papier et au crayon graphite.
Plus inquiétant encore, nous condamnons avec la plus grande fermeté les restrictions en matière de visas utilisées comme arme par certains gouvernements à l’encontre d’individus qui exercent leurs droits à la liberté d’expression, à la pensée critique et à la liberté de pensée. Lorsque les interdictions de voyage deviennent des outils d’intimidation intellectuelle, c’est tout l’écosystème du discours mondial sur d’hypothétiques droits humains et libertés qui est biaisé et empoisonné. Nous refusons de tourner autour du pot face à cette réalité.
La plateforme numérique monolithique appartient désormais au passé. Nous avons poussé notre infrastructure actuelle à ses limites: continuer à vouloir faire entrer de force une cheville carrée dans un trou rond n’est pas seulement inefficace : c’est un frein qui nous empêche de vous offrir le meilleur rendu possible.
L’époque nous contraint à une adaptation rapide sous le feu avec, inévitablement, le risque d’une disparition subite à tout moment. Nous n’abandonnons pas nos principes, mais nous modifions radicalement notre philosophie opérationnelle. Nous passons du marteau au scalpel. Le site sera maintenu tel quel mais la société-conseil qui détient la plateforme devra opérer des changements de fond et s’adapter.
À l’avenir, nous adopterons des principes fondamentaux qui définiront toutes nos actions :
Flexibilité maximale : nous démantelons les processus éditoriaux et techniques rigides. Cela se traduit par une diffusion dynamique du contenu, des formats adaptables et une agilité éditoriale qui nous permet de nous réorienter au gré des changements de contexte, sans heurts. Nous irons là où le débat est constructif, et pas seulement là où il est bruyant pour rien. Notre infrastructure doit être aussi flexible que notre réflexion.
Plus de Précision : nous abandonnons totalement la couverture exhaustive au profit de la précision. Nous concentrerons nos ressources très limitées sur des sujets ciblés et à fort impact, pour lesquels nous disposons d’une véritable expertise et d’un accès privilégié.
Chaque article doit mériter sa place. Nous privilégions la profondeur de la compréhension à l’étendue du bruit parasite, en visant juste sur les sujets qui font réellement la différence.
Résilience et humilité
15 années d’expérience dans un domaine aussi difficile et aléatoire où la perception est un champ de bataille nous ont appris l’humilité. Nous sommes passés d’une certaine présomption au tout début à l’humilité la plus totale.
Nous devons faire preuve de résilience et d’humilité. La complexité qui nous fascine tant est un piège. Nous nous engageons à privilégier la simplicité et la légèreté, tant sur le plan technique que rédactionnel et opérationnel. Une structure allégée est une structure capable de survivre. Nous acceptons de ne pas pouvoir tout couvrir, et nous ne prétendrons pas le contraire. L’humilité, c’est connaître nos limites. La résilience, c’est prospérer malgré elles.
L’usage de l’IA: étant de la vieille école, nous nous méfions au plus haut point de l’IA même si nous avons une connaissance des LLMs et de leur fonctionnement. Son usage comporte des risques importants. Le choix des modèles s’avère bien plus complexe que prévu. Nous les utilisons à des fins de vérification de certaines données (datations incertaines, détails techniques et chronologie des faits) Nous avons de la chance à avoir appris à concevoir des textes des décennies avant la diffusion publique de l’IA et bien que cette dernière parvient aujourd’hui à produire des textes mieux structurés que ceux des humains, nous revendiquont un style humain imparfait mais authentique en dépit d’un déclin cognitif dû à des dizaines de facteurs variant de l’âge jusqu’à l’abrutissement induit par les sociétés post-modernes.
Au milieu de tous ces changements, une chose non seulement restera inchangée, mais se renforce même : l’accès à ce site web reste gratuit.
Nous croyons en la liberté de pensée et de réflexion. Pas de barrières payantes. Pas de limite du nombre de lecteurs. Pas de compromis sur la liberté intellectuelle. Notre orientation vers la précision, l’indépendance structurelle et une infrastructure durable et flexible s’inscrit dans une mission visant à protéger cette accessibilité. Nous supprimons le superflu pour préserver l’essentiel. En refusant de courir après le buzz algorithmique et en recentrant notre champ d’action technique, nous veillons à ce que notre site reste un service public transcendant les barrières mentales et les frontières physiques, et non un bien de luxe.
La petite communauté qui suit cette plateforme depuis le début est appelée à l’intègrer.
Merci à tous!
Photographie d’illustration: prise par la caméra d’un smartphone. Petit avion en papier lancé par le fondateur de la plateforme lors d’une pause entre deux analyses. L’avion en papier a atteint une altitude de 38 mètres grâce à un vent ascendant.








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