Analyse indépendante de la géopolitique mondiale, de la stratégie militaire et de la pertinence de Sun Tzu dans les conflits modernes.

À Moscou, le masque est tombé, et le spectacle n’est pas beau à voir. Tandis que les porte-parole officiels du Kremlin rabâchent machinalement leurs discours sur l »opération militaire spéciale » , un battement de tambour bien plus sombre et primitif résonne depuis les profondeurs de la sphère nationaliste russe. Ils en ont marre avec les demi-mesures. Ils en ont plus que marte avec la fiction des négociations: Ils réclament que Kiev soit réduite en cendres, que les États-Unis soient traités non pas comme un rival stratégique mais comme un belligérant à part entière, et que l’impensable – les frappes nucléaires tactiques – devienne la nouvelle grammaire de la puissance russe.

Nous entrons dans une phase du conflit où la logique d’escalade n’est plus uniquement dictée par la partie d’échecs géopolitique entre le Kremlin et l’Occident, mais par une tempête interne qui fait rage, alimentée par les pressions revanchistes exercées sur Vladimir Poutine. Le « parti de la guerre » se révolte, et ses revendications feraient glacer le sang même d’un spécialiste du Kremlin de l’époque de la Guerre froide.

La guerre d’Ukraine est l’un des conflits armés les plus étranges des 250 dernières années. Il est même unique en son genre non seulement en ce qui concerne la stratégie ou les nouvelles tactiques usitées sur le terrain mais par dessus tout sur le narratif des deux camps belligérants et celui de l’intermédiaire/marteau (en l’occurrence l’Ukraine), lequel défie les formes les plus extrêmes de Novlangue.

La révolte ultranationaliste russe : « Pourquoi ne gagnons-nous pas cette p*****de guerre ? »

Pour le téléspectateur russe lambda, la guerre est un orage lointain et édulcoré. Mais pour les blogueurs militaires nationalistes purs et durs, les factions des siloviki et certains commandants paramilitaires, la trajectoire actuelle est une hémorragie menant lentement à une défaite stratégique. Leur message au président est sans détour : l’Occident ne comprend que la force, et nous n’en faisons pas assez usage.

Ils pointent du doigt la carte — non seulement les lignes de front figées dans le Donbass, mais aussi l’arrière-pays russe de plus en plus vulnérable. Leur solution : une accélération violente. Premièrement, relancer la campagne aérienne à grande échelle contre les infrastructures critiques de Kiev, et pas seulement contre les cibles militaires, afin de paralyser physiquement le fonctionnement de l’État ukrainien, ou ‘e décapiter. Ensuite, rompre tous les canaux diplomatiques officieux avec Washington. Ils considèrent les récents échanges de prisonniers et les rumeurs d’accord sur les exportations de céréales non pas comme de la diplomatie, mais comme des preuves de la faiblesse du Kremlin. Ils exigent une politique de la terre brûlée, fondée sur une absence totale de communication.

La décapitation de l’État ukrainien actuel s’avère presque impossible puisque Zelensky a bénéficié avant le début de la guerre de la garantie d’Israël à travers la rencontre face-à-face de l’ex-premier ministre israélien Naphtali Bennett avec le président russe Vladimir Poutine où le premier s’est présenté au nom de l’ensemble du mouvement sioniste mondial et a exigé une garantie formelle de Poutine de ne pas cibler ou neutraliser physiquement Volodymir Zelensky sous peine d’une destruction totale de la Russie.

Le rejet officiel par le Kremlin de la médiation américaine cette semaine, bien qu’il s’agisse à première vue d’une mesure intransigeante, apparaît dans ce contexte comme une tentative désespérée d’apaiser ces loups qui rôdent aux portes. Washington nie qu’un accord de paix ait jamais été véritablement sur la table — un classique « il a dit, il a dit » —, mais au sein de l’élite russe, on estime que l’approche extrêmement prudente de Vladimir Poutine est en train d’échouer. Les pénuries internes de carburant qui frappent actuellement plusieurs régions russes — conséquence directe de la campagne de frappes de précision en profondeur que nous détaillerons ci-dessous — ne font qu’alimenter ce discours.

Ils pensent que si le gouvernement n’est même pas capable de faire fonctionner les pompes à Bryansk ou les unités de craquage des raffineries de Ryazan, quel est l’intérêt de faire preuve de retenue ? La réponse des partisans de la ligne dure est simple : intensifier les tensions pour apaiser la situation.

Étrangement, c’est la même stratégie adoptée par Donald Trump 2.0 dont le second mandat vise à détruire l’État russe et s’accaparer des compagnies stratégiques russes. La stratégie Escalate to De-escalate ou E2DE de la Maison-Blanche commence à prendre forme depuis des mois, et il paraît de plus en plus évident que l’État profond (un ensemble mal nommé mais que nous utilisons par convenance) n’a fait revenir la façade trumpienne que pour accélérer le conflit avec l’Iran, la Russie et finalement, la Chine. Le conflit avec la Russie via l’Ukraine ayant dépassé en durée la Première guerre mondiale, les États-Unis ont attaqué l’Iran mais cela a mal tourné et, encouragés par les déboires russes face à Palantir et les drones scandinaves, allemands, néerlandais ainsi que les missiles de croisière Scalp Shadow et les kits des bombes planantes du tandem franco-britannique, ils ont décidé qu’il fallait accélérer la stratégie d’usure contre Moscou.

Le crucifix de Palantir : frapper la Russie là où ça fait mal

La « cocotte-minute » interne russe n’est pas alimentée par la bravade ukrainienne, mais par la campagne de bombardements stratégiques la plus réussie et la plus étrange de l’histoire moderne — une campagne aérienne asymétrique menée par l’ensemble de l’UE/OTAN que Moscou est totalement incapable d’arrêter. Il s’agit du démantèlement chirurgical du cœur énergétique et économique de la Russie, orchestré par la fusion entre les renseignements stratégiques de l’OTAN et les architectures d’IA de combat de Palantir.

Le résultat ? Un étranglement rapide et croissant, bien au-delà des lignes de front. Nous assistons à la mise hors d’état de fonctionner systématique de raffineries situées au cœur même du territoire russe — non pas au hasard, mais en ciblant spécifiquement des tours de craquage catalytique dont le remplacement, sous le poids des sanctions, prend des mois, voire des années. Les pénuries de carburant qui se propagent à travers la Fédération ne sont pas le fruit du hasard ; elles constituent un indicateur silencieux et insidieux du succès stratégique de cette campagne. Les nœuds ferroviaires, les postes électriques alimentant des installations militaro-industrielles clés et les fonderies d’acier stratégiques sont pris pour cible avec un timing troublant, presque clairvoyant.

Après la minuscule bande de Gaza, le redoutable et solide Hezbollah libanais, la Syrie, un pays de la taille du Venezuela puis celle bien plus conséquente de l’Iran, la Russie-seconde puissance militaire de la planète- fait face au cauchemar des nouvelles technologies de combat innovantes de la Silicon Valley et du DARPA du Pentagone.

Telle est, chers lecteurs éveillés, la véritable nature de la guerre totale du XXIe siècle.

La campagne menée par l’Union Européenne et l’OTAN, qui utilise l’Ukraine comme un fer de lance saignant à blanc, a contourné l’armée sur le terrain pour s’attaquer directement à la source de vie de l’État russe. Et c’est précisément ce qui rend les partisans de la ligne dure véritablement fous: Ils ne sont pas vaincus par des chars de bataille supérieurs ou de super avions de combat ou encore par une armée sur le terrain, mais par un FANTÔME DANS LA MACHINE — une mort silencieuse par mille coupures, orchestrée par des algorithmes, à laquelle leurs propres systèmes, archaïques, centralisés et minés par la corruption, ne peuvent opposer aucune résistance (le cas du système russe est comparable à celui de plus de 100 pays dans le monde, ceux des États-Unis, du Canada, d’Australie et d’Europe occidentale inclus).

L’aboutissement logique du conflit: un hiver nucléaire eurasien?

C’est la théorie du fou à son stade terminal. La campagne stratégique de l’UE et de l’OTAN, malgré toute sa précision chirurgicale, joue avec le feu primitif. Et le feu nucléaire est le plus primitif. On ne prends pas au sérieux certains de nos homologues occidentaux, totalement absorbés par l’idéologie, qui affirment sans ciller que l’arsenal nucléaire et thermonucléaire russe ne fonctionne pas ou, pire, n’existe pas. Ils sont en plein délire et ne savent plus discerner quoi que ce soit.

En menaçant avec tant de succès la stabilité de l’État russe par le biais de sa guerre économique made in Palantir, les corporations technologiques, devenues bras armé de ce que la Russie désigne techniquement d’ »Occident collectif », acculent une puissance nucléaire dirigée par une faction d’hommes qui considèrent explicitement l’existence comme une lutte violente entre civilisations.

Non seulement ils menacent de franchir le seuil nucléaire, mais la pression qu’ils exercent sur Vladimir Poutine constitue un processus actif et dynamique visant à entraîner l’État russe tout entier au-delà de ce seuil.

C’est l’objectif des États-Unis de ne plus demeurer comme le seul pays au monde à avoir utilisé des bombes atomiques contre des villes entières (Hiroshima le 06 août et Nagasaki le 09 août 1945; une autre ville japonaise allait subir le feu nucléaire le 12 septembre 1945 mais l’empereur Hirohito avait décidé de la capitulation et sauvé ainsi son pays)

Le danger ne réside plus seulement dans une victoire ou une défaite russe en Ukraine. Le danger réside dans le fait que le succès même de la stratégie occidentale visant à paralyser les capacités militaires de la Russie soit interprété à Moscou comme une attaque existentielle exigeant une riposte existentielle. Les Russes considèrent les pénuries de carburant, les raffineries paralysées et les frappes ciblées par algorithmes comme les premières salves d’une guerre d’extermination menée contre la Mère Russie elle-même. C’est une phase extrêmement dangereuse d’un conflit mondial.

Si Poutine cède à cette pression — et chaque jour où des frappes en profondeur sont menées avec succès fait passer sa prudence pragmatique pour une faiblesse catastrophique —, les répercussions ne s’arrêteront pas au Dniepr. Elles engloutiront toute l’Eurasie. L’escalade qui en résultera, même avec des armes non stratégiques, revêt une gravité terrifiante qui mène tout droit à l’hiver nucléaire. C’est le précipice.

Il ne s’agit plus d’une analyse d’un site perdu sur une guerre régionale. Il s’agit d’un rapport de terrain sur les premières phases d’un effondrement systémique de la dissuasion susceptible de mener à un hiver nucléaire dans l’hémisphère Nord. Ce n’est plus une vue de l’esprit mais une réalité qui se rapproche de jour en jour.


Photographie d’illustration: image déclassifiés de l’essai de la bombe nucléaire soviétique surnommée la Tsar Bomba, le 30 octobre 1961. Puissance estimée à 50 mégatonnes.


Fediverse reactions

11 réponses à « L’Eurasie au bord du précipice »

  1. …/… susceptible de mener à un hiver nucléaire dans l’hémisphère Nord …/…

    Un hiver nucléaire circonscrit à l’hémisphère Nord est impossible en raison des mécanismes atmosphériques globaux. Ce phénomène, déclenché par des explosions et incendies massifs projetant des suies dans la stratosphère, bloque le rayonnement solaire et provoque un refroidissement planétaire. Les courants-jets et la circulation de Hadley dispersent ces particules à l’échelle mondiale en quelques semaines, comme l’ont montré les éruptions volcaniques ou les modèles climatiques (NASA GISS, NCAR).

    Même un conflit limité au Nord (ex. : États-Unis-Russie) aurait des répercussions mondiales : baisse des températures, perturbations agricoles, et famines. Les études (Coupe 2019, Robock 2007) confirment qu’un échange nucléaire régional (100 bombes) entraînerait un refroidissement de 1,5 à 2°C partout, avec des effets plus marqués dans l’hémisphère source. L’hémisphère Sud subirait aussi des conséquences, comme l’effondrement des moussons.

    Ainsi, un hiver nucléaire ne peut être localisé : sa nature même est globale.

  2. Avatar de Bob morane contre les tiers- mondo marxistes!
    Bob morane contre les tiers- mondo marxistes!

    Vous avez raté une bonne carrière chez Knorr et Liebig !

  3. Deux RUSSE on pris ma LADA pour allez a la MERE PATRIE ! – VENDU

    And so, a chapter closes. My Lada Priora has been bought by Russians to return to the motherland and end its days in its country of origin, where it will be repaired and driven among the sanctuaries.

    For now, you can find it in Le Mans before it embarks on its road trip to Russia, never to return to Europe.

  4. 2 russes lui ont pris sa lada pour l’emmener à la mère patrie.

  5. voici l’article de l’adresse substack d’un auteur andrew korybko:
    https://korybko.substack.com/

  6. Il est clair que contre ces idéologues fous de l’Europe et des US, seule une réponse forte peut les calmer et leur faire retrouver un peu de bon sens lié à la réalité. Ces imbéciles considère que la retenue de V. Poutine est de la faiblesse. Je comprends la partie dure de certains russes, dans leur situation j’aurai la même réflexion, il faut leur donner une leçon dure pour calmer leur délire.

  7. Il parait évident que l’état profond refuse obstinément de reconnaître les métastases qui se développent en son sein et poursuit son œuvre de mort comme si sa vie en dépendait.
    En général, confronté au vide du précipice, on prend conscience de la valeur de la vie et on lutte de toutes ses forces contre l’appel du vide. Mais tout le monde n’a pas ce type de conscience.

    1. Et si c’était en fait l’intention de certains esprits de pousser à la destruction totale? N’y a-t-il pas eu plusieurs films sur un monde totalement détruit ou au moins une zone totalement détruite?

      1. Parmi les plus gros donateurs de cette année au Bilderberg on retrouve notamment Peter Thiel (Palantir) ou … Georges Lucas. Manifestement passés par les milieux occultistes, groupe de M. et Mme Coppola pour Lucas (proximité des roses croix à minima) et longue liste de proximité avec des milieux ultra conservateurs ésotériques pour Thiel : communauté néo-nazie de Swakopmund en Namibie lors de son enfance, Opus Dei à Stanford, passage par le cabinet Sullivan and Cromwell (très en lien avec l’ordre de Saint Jean), rapport aux lumières obscures de Curtis Yarvin et Nick Land (réminiscence en partie de l’OTO de Crowley), ou encore références répétitives à l’œuvre de Tolkien pour le choix des noms de ses sociétés (dont Palantir). Dans son œuvre principale, Star Wars (dont la très élargie et très longue série « The Clone Wars », 133 épisodes aux multiples symboliques) , George Lucas emploie des références très larges à l’ésotérisme et aux récits types apocalyptiques (dont l’image du héro providentiel très pompé sur les figures eschatologiques). Thiel lui fait des conférences privées sur l’antéchrist… Et le Bilderberg c’est l’organe d’influence et de propagande de l’OTAN. Ma famille a eu à faire face au groupe qui avait été créé par Julien Origas (ancien français de la gestapo, devenu grand maître martiniste sur Paris, « couronné » roi de Jérusalem dans la crypte de la cathédrale de Chartres, animateur de réseaux gladio français, fondateur d’ordres néo templiers dont presque certainement celui auquel adhéraient Mitterrand et Le Pen, etc…). Ce groupe qui a survécu un temps après sa mort et qui est à l’origine aussi de l’ordre du temple solaire, était protégé par des forces atlantistes très puissantes (je dis atlantistes aussi bien pour le rapport à l’OTAN que pour la référence à l’Atlantide).

        1. Merci Oliv, pour ces informations détaillées et intéressantes. C’est fascinant de voir comment les gens et les idées s’entremêlent, et aussi au fil des années, voire des siècles.
          Et ces personnes, groupes et idéologies façonnent notre monde actuel et notre avenir…
          Belle journée,
          Émilie

          1. J’ai pris l’exemple de ces deux personnes, qui sont pourtant opposées sur le plan politique, clairement pro-parti démocrate pour Lucas, ultra conservateur pour Thiel.

Commentaires/Discussion

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