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Un an après l’adoption de la résolution 2797 par le Conseil de sécurité de l’ONU, le territoire contesté reste exactement où il était — pris en étau entre les ambitions marocaines et l’autodétermination des Sahraouis. Washington reconnaît qu’aucune issue n’est en vue.

Cela devait être la percée décisive. Le 31 octobre 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté la résolution 2797, prolongeant le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026 et — pour la première fois — faisant explicitement référence au plan d’autonomie du Maroc de 2007 comme « base » des négociations. Ni article défini, ni article indéfini. Simplement « base », un mot choisi avec cette précision que seuls les juristes et les diplomates peuvent apprécier.

Rabat s’est réjoui et a célébré une « victoire » sanctionnant un fait accompli après 50 ans de conflit. Washington a qualifié cet événement d’« historique ». Et puis… plus rien. Néant. Non seulement le conflit perdure mais il risque de le demeurer pour un autre demi-siècle.

Près d’un an plus tard, Massad Boulos, conseiller principal du président Donald Trump pour l’Afrique, s’est entretenu avec France 24 et a en substance confirmé ce que tout le monde savait déjà : le dossier du Sahara Occidental est au point mort.

« Il n’y a pas de résolution imminente du conflit du Sahara occidental », a déclaré M. Boulos. « À l’heure actuelle, nous ne prévoyons ni n’entrevoyons aucune résolution imminente. »

Trois cycles de négociations organisés cette année — à Madrid et à Washington — ont réuni autour de la table le Maroc, le Front Polisario, l’Algérie et la Mauritanie. M. Boulos les a qualifiés de « constructifs et fructueux ». Il a toutefois admis qu’ils n’avaient abouti à aucun accord.

Précisons clairement ce que dit réellement le droit international sur ce conflit, car le flou du langage diplomatique l’a totalement obscurci.

Le Sahara occidental figure sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU depuis 1963. Il s’agit, au sens juridique du terme, d’un territoire en attente de décolonisation.

La Cour Internationale de Justice a statué en 1975 que ni le Maroc ni la Mauritanie ne possédaient de souveraineté territoriale sur ce territoire à l’époque de la colonisation espagnole.

La Cour a constaté l’existence de liens juridiques d’allégeance entre le sultan marocain et certaines tribus — mais a explicitement précisé que ceux-ci ne constituaient pas une souveraineté.

En d’autres termes, la revendication du Maroc sur le Sahara occidental n’est pas une revendication juridique. Il s’agit d’une revendication politique, mise en œuvre par le biais de l’occupation militaire, de la colonisation et d’un intense lobbying diplomatique.

La résolution 2797 n’y change rien. Comme l’ont fait remarquer des juristes, le texte de la résolution fait toujours référence à l’autodétermination. Il ne reconnaît pas la souveraineté marocaine. Il n’oblige pas juridiquement les parties à accepter l’autonomie. Ce qu’il fait, c’est créer une dynamique politique en faveur de l’issue souhaitée par le Maroc — une dynamique qui, un an plus tard, est clairement au point mort.

Les États-Unis, en tant que « rédacteur » des résolutions sur le Sahara occidental, ont fait preuve de transparence quant à leurs intentions. La proclamation de Trump de 2020 reconnaissant « la souveraineté marocaine sur l’ensemble du territoire du Sahara occidental » constituait un acte politique unilatéral, et non une décision juridique. La résolution 2797 en a été le prolongement diplomatique — une tentative de codifier cette préférence dans le cadre d’un processus international.

Mais le processus n’est pas le résultat. Et le peuple sahraoui, par l’intermédiaire du Front Polisario, n’y a pas consenti.

L’expression « autonomie sous souveraineté marocaine » séduit ceux qui ne connaissent pas bien le dossier. Elle donne l’impression d’un compromis. Elle évoque la décentralisation. Aux oreilles des Occidentaux, elle semble être un juste milieu raisonnable.

Ce n’est pas le cas.

L’autonomie sous souveraineté marocaine signifie que le Sahara occidental devient une région du Maroc, dont les habitants gèrent les affaires locales tandis que Rabat contrôle la défense, la politique étrangère et — surtout — les modalités mêmes de cette autonomie. Il s’agit, en réalité, de l’annexion d’un territoire non autonome, dissimulée sous le vocabulaire de la décentralisation.

Le Front Polisario a toujours rejeté ce cadre. Un de ses représentants l’a qualifié de « nouvelle manœuvre dilatoire du Maroc visant à obtenir la reconnaissance internationale de son annexion illégale ». Le président sahraoui, Brahim Ghali, a averti que l’absence d’une réponse internationale ferme face à l’occupation « risque de perpétuer une situation explosive ».

La situation sur le terrain n’a rien d’abstrait. Les frappes de drones marocains continuent de viser des personnalités du Polisario : en juin 2026, un commandant du Polisario a été assassiné lors d’une frappe que le Parlement européen a qualifiée de violation des droits de l’homme. Des prisonniers politiques sahraouis sont toujours détenus dans les prisons marocaines. Le cessez-le-feu qui a prévalu de 1991 à 2020 est de fait caduc.

Dans le même temps, le territoire reste physiquement divisé par un rempart de sable de 2 700 kilomètres — un mur militaire construit avec l’aide d’Israël dans les années 1980 — qui sépare les zones contrôlées par le Maroc des territoires libérés par le Polisario. Ce n’est pas une frontière. C’est l’architecture de l’occupation.

L’un des éléments les plus révélateurs de l’interview de M. Boulos a été l’éloge qu’il a fait de l’Algérie. Depuis des années, le Maroc dépeint l’Algérie comme la puissance obstructionniste, le marionnettiste qui tire les ficelles du Polisario, la raison pour laquelle aucun accord ne peut être conclu.

M. Boulos a rejeté cette interprétation. Il a qualifié l’Algérie de « très bon partenaire » des États-Unis et a salué son rôle « constructif » dans les négociations. Il a reconnu que l’Algérie ne pouvait pas imposer de solution au Front du Polisario — une déclaration qui, d’une part, réfute les allégations marocaines selon lesquelles l’Algérie exercerait un contrôle et, d’autre part, souligne l’indépendance du Polisario.

C’est important. Le discours marocain repose sur l’externalisation du conflit, en le présentant comme une question de rivalités régionales plutôt que comme une question liée au droit d’un peuple à l’autodétermination. Si l’Algérie n’est pas le problème, alors le problème réside dans le refus du Maroc d’accepter que le peuple sahraoui ait le droit de décider de son propre avenir.

Le dossier du Sahara occidental est dans l’impasse car la contradiction fondamentale qui le sous-tend n’a pas été résolue.

D’un côté : le droit international, la doctrine des Nations unies et l’avis consultatif de la CIJ plaident tous en faveur de l’autodétermination du peuple sahraoui. Le Sahara occidental est un territoire non autonome. Son peuple a le droit de choisir entre l’indépendance, l’intégration ou la libre association.

D’un autre côté, le Maroc occupe ce territoire depuis près de cinq décennies, y a installé des civils marocains, a érigé un mur militaire pour consolider son emprise et a mis à profit son poids diplomatique — notamment auprès des États-Unis et de la France — pour orienter le débat international.

La résolution 2797 a tenté de concilier cette contradiction en recourant à un langage ambigu. Elle parlait de « base » sans préciser « la seule base ». Elle faisait référence à l’autodétermination tout en mettant en avant un plan qui exclut l’indépendance. Elle a mis en place un processus qui ressemble à une négociation mais qui est structuré autour d’un résultat prédéterminé.

Le résultat est celui que nous constatons aujourd’hui : un processus qui avance sans progresser d’un iota. Trois cycles de pourparlers. Aucun accord. Aucune solution en vue. Un mot français — « enlisement » — résume parfaitement la situation : un enlisement lent et pénible.

M. Boulos affirme que Washington « attend toujours la réaction du Polisario concernant l’initiative d’autonomie ». Mais cette formulation laisse entendre que le silence du Polisario constitue un obstacle. La réalité est plus simple : le Polisario a rejeté le principe même de cette initiative. On ne peut pas donner son « avis » sur un projet qui prive son peuple du droit de décider de son propre avenir.

Le mandat de la MINURSO expire le 31 octobre 2026. Le Conseil de sécurité se réunira. Une nouvelle résolution sera adoptée. Elle prolongera une nouvelle fois la mission, car l’alternative — reconnaître que la seule voie viable pour l’ONU est un référendum que le Maroc n’autorisera jamais — est trop inconfortable à envisager.

L’administration Trump pourrait aller plus loin encore. Boulos a suggéré que les États-Unis maintiennent un « dialogue direct » avec le Front Polisario. Mais le dialogue n’équivaut pas à une reconnaissance, et la reconnaissance n’équivaut pas à l’autodétermination.

Pour le peuple sahraoui — dispersé entre les territoires occupés, les camps de réfugiés de Tindouf et une diaspora mondiale —, l’attente se poursuit. Son territoire reste la dernière colonie d’Afrique. Son droit à l’autodétermination n’est toujours pas respecté. Et la communauté internationale, après avoir adopté une résolution qui n’a rien changé, passe à la crise suivante.

Le dossier du Sahara occidental n’est pas en suspens. Il est enfoui sous des couches de langage diplomatique, de calculs géopolitiques et un mur de sable dont personne ne veut parler.


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