Ce n’est plus de la politique-fiction ou des paroles en l’air: le Groenland sera bientôt territoire US. Ce sujet est passé très vite du domaine de la fantaisie politique à celui d’une possibilité géopolitique bien réelle et sera un fait accompli à l’Israélienne.
Après la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro, Washington est en mode militariste et ces menaces prennent une nouvelle dimension alarmante. Si la crise immédiate oppose les États-Unis à leur allié danois, membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), le véritable séisme , géostratégique se fera sentir à Moscou et à Beijing. Une saisie unilatérale du Groenland par les États-Unis ne se limiterait pas à modifier une carte géographique ; elle ébranlerait les fondements mêmes de l’ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale et déclencherait un réajustement forcé, désespéré et risqué de la part des principaux rivaux des États-Unis d’Amérique.
Les puissances européennes ont publié des déclarations de soutien au Danemark, mais la division au sein même de l’Union européenne est palpable. Comme le font observer nombre de nos homologues, personne ne va se battre militairement contre les États-Unis pour le Groenland, une immense île continent peuplée de 57 000 habitants et défendue par …18 militaires et policiers. L’Alliance transatlantique (à l’exception de la Grande-Bretagne) est déjà paralysée et moralement brisée par cette perspective. Pour la Russie, cela pourrait être une opportunite stratégique unique depuis des décennies: une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis lui offrirait une victoire politique sur un plateau d’argent. Il faut noter que contrairement à la Chine, laquelle a réagit rapidement aux commentaires de Donald Trump, Moscou est resté remarquablement silencieux. Ce n’est pas parce que la Russie ne s’intéresse pas à l’Arctique : elle est la puissance dominante de la région, avec plus de la moitié du littoral arctique et une présence militaire très importante; Ce silence est essentiellement tactique. La réaction probable de la Russie serait de consolider discrètement son contrôle de facto sur la route maritime du Nord, en accélérant les accords d’infrastructure avec la Chine et en se présentant comme le gardien fiable de l’Arctique au milieu du chaos occidental. Pour les Russes, le monde est régi par des rapports de force brut et le territoire appartient à celui qui peut l’obtenir dans un monde désormais régi par ce principe. Une guerre arctique entre les États-Unis et la Russie n’est pas à écarter à moyen terme ou au cas d’une escalade du conflit ukrainien et son débordement.
La réaction de la Chine serait plus virulente et multiforme. Pékin s’est déclaré « État quasi arctique » et possède d’importants intérêts économiques dans la région grâce à son initiative « Route de la soie polaire ». La Chine mènerait immédiatement une campagne diplomatique mondiale condamnant « l’unilatéralisme et le militarisme » des États-Unis, se positionnant comme le défenseur du Droit International et de la souveraineté des petits États. Cela correspond parfaitement à son discours consistant à offrir une alternative à un Occident devenu de plus en plus tyrannique et contre le principe du laissez-faire économique.
Un Groenland sous souveraineté US verra les investissements chinois directs dans les minerais du Groenland bloqués. Une des alternatives probables de la Chine est de renforcer son partenariat stratégique avec la Russie dans l’Arctique. Nous pourrions assister à une accélération rapide des patrouilles navales conjointes sino-russes, des investissements dans les ports russes de l’Arctique et du développement commun de la route maritime du Nord, créant ainsi un fait accompli de contrôle bipolaire de l’Arctique par les deux puissances. Enfin, la Chine agirait rapidement pour renforcer ses liens avec les pays du Sud, présentant la saisie du Groenland comme la preuve ultime que l’ordre mondial dirigé par les États-Unis est prédateur et instable.
Les conséquences à long terme d’un scenario semblable à celui de Porto-Rico pour le Groenland vont redessiner en profondeur la géostratégie mondiale. De un, les États-Unis vont voir leur superficie croître et dominer tout l’hémisphère occidental. Par dessus tout, Washington aura la tour de guet militaire ultime : le Groenland domine le passage ou trouée GIUK (Groenland-Islande-Royaume-Uni), le point d’étranglement naval critique entre l’Arctique et l’Atlantique Nord. Il est irremplaçable pour surveiller les mouvements des sous-marins russes. La base spatiale américaine de Pituffik qui s’y trouve est un nœud clé pour l’alerte précoce des missiles et la surveillance spatiale. Mais le gros lot sera les trésors fabuleux en ressources minières du Groenland, lequel recèle d’importants gisements d’élements de terres rares indispensables pour l’aviation, l’électronique et les véhicules électriques. Une mainmise US sur le Groenland briserait le quasi-monopole de la Chine sur les chaînes d’approvisionnement de terres rares.
Les conséquences stratégiques d’une telle initiative sont déjà palpables depuis les conflits du Levant et d’Ukraine où les États-Unis ont testé de nombreux systèmes d’armes secrets. Outre la fin de l’ordre fondé sur des règles de droit et le principe selon lequel les frontières ne peuvent être modifiées par la force, déjà largement affaibli, le monde reviendrait à un modèle de sphères d’influence du XIXe siècle, où la loi du plus fort prévaut dans l’arrière-cour d’une nation. Toutes les puissances régionales en prennent bonne note. Le monde sera un open bar à celui qui aura la force nécessaire et la raison du plus fort sera toujours la bonne.
La zone arctique est en train de devenir une zone de conflit. Il devient de facto une frontière militarisée entre un Groenland americain militarisé et une côte nordique alignée sur la Russie et la Chine. Pris entre deux feux, le Canada aura vraiment à s’inquiéter pour son territoire du Nord.
La militarisation de tout, du commerce, de la technologie, de la science, de la finance et de l’information créera un découplement ou un schisme entre blocs rivaux et concurrents. La chaîne des approvisionnements en terres rares devient un enjeu de guerre globale et non plus une simple logistique inhérente aux échanges économiques mondiaux.
Ce n’est pas tout, si les États-Unis obtiennent le Groenland, la prochaine étape serait de remettre en cause le Traité de l’Antarctique (pôle Sud) et y revendiquer un droit au nom de leur intérêts géostratégiques mondiaux. Ce sera une toute autre affaire depuis l’opération militaire US Highjump en 1946-1947.
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