Nous entrons maintenant dans le cinquième jour de l’opération au nom de code « Epic Fury » sonnant comme un slogan populiste d’une dictature de bas de gamme (inutile d’évoquer l’incongruité du nom de code israélien, déjà traité ici), et l’heure est venue de payer la note – pour le Trésor américain, pour les États du Golfe et pour la crédibilité stratégique de Washington.

La campagne américano-israélienne visant à décapiter le régime iranien et à détruire ses capacités militaires conventionnelles est officiellement entrée dans le domaine de l’économie fantaisiste et de la reproduction d’États défaillants. Nous voyons la CIA et le Pentagone s’affairer frénétiquement à réarranger les chaises longues sur le Titanic, en ressortant la même carte éculée qu’ils jouent depuis deux décennies : les guérilleros kurdes soutenus par la puissance aérienne américaine. Du déjà vu et revu.

Mais si vous pensez que cela va être une répétition de la Libye ou de la Syrie, c’est que vous ne prêtez pas attention. Voici la dure réalité telle qu’elle se présente sur le terrain. Parlons des calculs que Washington ne veut pas que vous fassiez. Cette guerre coûte tellement cher que les comptables du Pentagone ne savent plus par où commencer.

Ce n’est pas une guerre, c’est un pacte suicidaire sur le plan économique.

Nous assistons à un effondrement catastrophique de la mémoire institutionnelle. Les États-Unis mais également des pays comme la France tentent de recruter des Kurdes iraniens pour mener une guerre, alors qu’ils viennent littéralement de trahir les Kurdes syriens.

Les Kurdes ne représentent que 10 % de la population iranienne. Ils peuvent semer le trouble dans l’ouest du pays, mais ils ne peuvent pas marcher sur Téhéran. Comme le soulignent les experts, si les États-Unis déclenchent une insurrection kurde à grande échelle bénéficiant d’un soutien aérien massif, ils risquent de provoquer une guerre civile et la fragmentation de l’Iran. Washington est-il prêt à gérer l’éclatement d’un pays de 90 millions d’habitants? Il n’est même pas capable de gérer le réseau électrique à Erbil actuellement (les coupures de courant ont repris en raison de la fermeture des centrales à gaz).

Les cinq factions de cette nouvelle coalition kurde armée par la CIA se sont battues pendant des décennies les unes contre les autres autant que contre le gouvernement central de Téhéran. Certaines sont des nationalistes laïques, d’autres ont des racines idéologiques dans le PKK (un groupe désigné comme terroriste). Il est illusoire d’espérer qu’elles coordonnent une invasion terrestre conventionnelle contre le CGRI, qui est aguerri au combat et se bat actuellement pour sa survie.

Le CGRI n’est pas les quatre régiments de conscrits de Kadhafi. Dès que les peshmergas kurdes, soutenus, armés, équipés et dirigés par les États-Unis, franchiront la frontière, cela unifiera le nationalisme perse derrière le régime d’une manière qu’aucun bombardement ne pourrait jamais égaler. Pensez-vous que les Azéris, les Baloutches, les Arabes et les Perses iraniens vont se joindre à un soulèvement mené par les Kurdes ? L’histoire nous dit que non.

Les États-Unis et Israël ont déclenché une guerre qui coûte 1 milliard de dollars par jour et déstabilise tout le Golfe, et ils tentent maintenant de recourir à une stratégie par procuration qui a déjà échoué ailleurs. À moins que Washington ne soit prêt à envoyer 450 000 soldats sur le terrain pour sécuriser Téhéran (ce qui n’est pas le cas), armer les Kurdes ne fera que prolonger cette guerre pendant des années.

Nous assistons à la naissance d’un nouveau bourbier causé par un outil de chantage ayant expiré (l’affaire Epstein). Et cette fois-ci, c’est le monde entier qui en paie le prix.


Note 1: des pays comme l’Arabie Saoudite et la France ont été pris en flagrant délit de participation active totale dans ce conflit aux côtés du tandem USA/Israël alors que publiquement ils font semblant de garder une certaine distance.

Note 2: les informations faisant état d’une offensive de milices kurdes iraniennes dans le nord-ouest de l’Iran n’ont pas été confirmées.

8 responses to “Le bourbier à un milliard de dollars/jour: pourquoi la stratégie kurde de la CIA risque d’échouer en Iran”

  1. Pas trop d’accord avec cette analyse un peu surréaliste : la guerre à 1 milliard de $, ça marche comme au poker, il y a ceux peuvent suivre et les autres, même si ce sont de « bons » joueurs : que les iraniens soient bons ou non, ça ne change rien, ils perdent. Et pas qu’un peu : les forces de défense courent comme un canard sans tête… alors même avec des contre attaques finement jouées, personne n’est dupe (ou vous peut-être ?) : ça ne vas pas bien du tout pour le régime iranien (presque plus) en place.
    Le complexe militaro industriel américain gagne beaucoup d’argent grâce à cette guerre. Les comptables US paieront, le complexe s’enrichit et devient outjouts plus obèse et vaniteux.
    De l’autre côté, en Iran, un super assassin est mort (le shah hein) : qui peut s’en plaindre ? On peut juste se plaindre que le plus fort soit US, vous semblez aussi oublier que le droit international n’existe pas sauf pour expliquer que l’agression israélo-américaine serait « illégale », déjà La Fontaine nous le disait : « la raison du plus fort est toujours la meilleure »… et les iraniens n’ont qu’une paire de 2.

    1. Oui mais la bulle est crevée. Au Venezuela, 9 Navy Seals ont été blessés par les feux des gardes cubains de Maduro.
      Dans cette aventure folle en Iran, les pertes subies sont du même ordre que ceux que l’on a vu en Ukraine:
      Pulvérisation du mythe marketing du F-15E Strike Eagle;
      Destruction de radars de longue portée;
      Efficacité du nouveau Black Tomahawk mise à mal;
      Système THAAD détruit;
      Les Patriot modifiés et améliorés détruits;
      29 bases militaires US ciblées ;
      Ciblage de tankers dans le Golfe;
      Israël ciblée par des missiles balistiques lourds et à fragmentation;
      Retour du Hezbollah dans l’équation et il semble qu’Israël est beaucoup plus paniquée du Sud Liban que de l’Iran…

      Assurément l’Iran paie ses décennies de négligences et son incapacité à acquérir l’arme nucléaire mais ce qui est certain est qu’à la Maison Blanche, même avec huit doses de Whiskey et quatre fils de cocaïne, on s’attendait pas à un tel chaos.

  2. Bonjour, voici ce que pense l’ancien normalien, linguiste raoul weiss de son vrai nom:
    SUJET DU DEVOIR SUR TABLE DES OLYMPIADES DU COPING FRANCOPHONE 2026

    https://substack.com/@modesteschwartz/note/c-223041478

  3. Quel dommage, vous auriez du mettre la baie des cochons!
    Comme image, c’été plus approprié !

  4. Pendant ce temps la propagande (aux USA) a réussi à faire passer l’idée que l’Iran demande à négocier un cessez-le-feu. J’ai vu passer l’info, vrai ou fausse, qu’un F-15 a été descendu en 1vs1 au dessus de Téhéran et des informations sont sorties sur un destroyer US touché dans l’Océan indien.

    1. Il y a beaucoup de choses passées sous silence.

      1. Vous avez évoqué un incident grave survenu en Israël aujourd’hui (hier). Pouvez vous en dire plus?

        1. Rien ne filtre pour le moment.
          Idem pour les pays du golfe. Ils viennent de criminaliser la prise de photos et de vidéos (70% de la population sont des étrangers)

Répondre à RichardAnnuler la réponse.

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