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Nous le savions plus ou moins vaguement mais la réalité est là. La Russie ne se bat pas contre l’Ukraine mais contre Palantir et les géants de la technologie américaine. Cela a transformé la guerre d’Ukraine en une sorte de plus grand défi technologique auquel la Russie n’a jamais fait face.

Les pays du Golfe qui ramènent des experts ukrainiens spécialiste de la lutte contre les drones Shahed savent que la technologie est américaine et pas n’importe laquelle: c’est des produits novateurs de Palantir Technologies et des géants de Palo Alto qui ont décimé le système de communication du Hezbollah libanais avec l’explosion à distance des « pagers et autres dispositifs de communication radio. Un analyste un peu facétieux a même qualifié Palantir d’arme ultime des Rothschilds au 21e siècle.

Il y a une certaine théâtralité dans la manière dont Alex Karp, le PDG excentrique de Palantir Technologies, parle de l’Europe. Il s’agite, réprimande, il supplie et il exige de la reconnaissance. De la reconnaissance car c’est grâce à ses produits que la guerre d’Ukraine a duré plus de quatre ans et que la Russie n’a pu prendre ni Kharkov, ni Kiev et encore moins Odessa. Dans sa dernière diatribe contre Berlin, Karp a reproché à l’Allemagne de ne pas saisir l’évidence : l’avenir de la guerre s’écrit en code, et ce code est actuellement mis à l’épreuve sur le champ de bataille en Ukraine.

Il n’a pas tort sur le plan technique. Mais il fait délibérément preuve de malhonnêteté quant à la question de l’autonomie. Lorsque Karp évoque la « technologie ukrainienne » éprouvée sur le champ de bataille que l’Allemagne devrait acquérir, il fait preuve d’une malhonnêteté stratégique. Elle n’est pas ukrainienne. Elle est la sienne. L’IA de combat, l’architecture anti-drones et les algorithmes guidant les frappes en profondeur sur le territoire russe sont des produits de la plateforme Gotham de Palantir. L’étiquette « ukrainienne » est un emballage géopolitique pour la dernière gamme de produits militaires de la Silicon Valley.

L’illusion du mandataire

Appelons cette dynamique par son nom. Lorsque Karp se vante que son logiciel est  » la colonne vertébrale de la défense ukrainienne », nous devons le croire sur parole, mais aussi examiner ce que ces mots cachent.

Il ne s’agit nullement ici d’une « innovation ukrainienne improvisée » dans un garage de fortune. Il s’agit de l’intégration systématique d’un géant américain de la surveillance et de l’IA de combat, pesant au bas mot 330 milliards de dollars, dans chaque décision de ciblage, chaque flux de données provenant des capteurs et chaque algorithme d’interception autonome qui détermine qui vivra et qui mourra au front. Nous avons vu les images de soldats russes se rendant à des robots armés totalement autonomes-une première dans un conflit-, et des milliers de vidéos montrant des soldats faire face à des drones FPV pu autres. Nous voyons aussi les frappes en profondeur-jusqu’à 2000 km, des infrastructures énergétiques ou stratégiques russes. C’est le même agent technologique qui a écrasé Gaza, tenté d’annihiler le Hezbollah libanais, noyauté l’État vénézuélien et décapité le leadership iranien. Il n’est pas étonnant que Kim Jong-un modifie la doctrine nucléaire de son pays pour y inclure le déclenchement automatique d’une attaque nucléaire contre l’ennemi en cas de décapitation du leadership ou d’un assassinat ciblé.

L’Ukraine fournit le champ de bataille ; Palantir fournit le cerveau. Le résultat est ensuite vendu européens comme une technologie miracle éprouvée au combat qu’ils seraient fous d’ignorer.

La Russie se bat contre Palantir

Voici la vérité qui se cache derrière le théâtre diplomatique : la Russie ne se contente pas d’affronter les forces armées ukrainiennes et l’OTAN. Elle mène des opérations militaires contre un adversaire dont la connaissance de la situation, la précision de ciblage et le rythme opérationnel sont de plus en plus régis par la suite d’IA de Palantir.

Cela fait du conflit en Ukraine l’une des guerres les plus exigeantes sur le plan technologique auxquelles la Russie ait jamais été confrontée — non seulement en raison de l’ingéniosité des Ukrainiens, mais surtout parce que l’architecture du renseignement de l’OTAN, intégrée aux plateformes de Palantir, offre un effet multiplicateur de puissance de frappe qu’aucune mobilisation de masse de l’ère soviétique ne peut égaler.

Lorsque des drones ukrainiens frappent des cibles situées au cœur même de la Russie, lorsque les systèmes de défense aérienne parviennent à identifier la quasi-totalité des menaces entrantes, lorsque la guerre économique menée par des frappes en profondeur dégrade les infrastructures russes — tout cela passe par des canaux d’analyse mis au point à Palo Alto, et non à Kiev. L’idée selon laquelle il s’agirait là de capacités purement souveraines de l’Ukraine arrange tout le monde, sauf ceux qui souhaitent un bilan honnête de qui combat qui.

Le parallèle avec le Liban

Pour ceux qui suivent l’actualité, ce scénario n’est pas inconnu. L’attitude de Palantir en Ukraine fait écho au rôle qu’elle a joué dans l’ombre lors des opérations menées par Israël contre le Hezbollah libanais.

Une biographie récente de Karp révèle que la technologie Palantir a été déployée lors des opérations militaires israéliennes au Liban en 2024, notamment lors de l’opération « Grim Beeper », qui consistait en la détonation coordonnée de milliers de pagers et de talkies-walkies et qui a décimé le réseau de communication du Hezbollah.

Ce logiciel n’était pas un simple outil secondaire. Les services de renseignement israéliens l’utilisaient depuis des années. Après le 7 octobre, la demande a tellement augmenté que Palantir a dépêché des ingénieurs depuis Londres et loué des locaux supplémentaires à Tel-Aviv pour accueillir les analystes ayant besoin de formations.

L’opération « Pager » a fait plus de 40 morts et des milliers de blessés.

Dans les deux cas, le schéma est le même : Palantir s’intègre dans l’appareil sécuritaire, devient indispensable aux opérations de ciblage, puis se retranche derrière l’argument selon lequel il fournit des « plateformes » plutôt que de prendre des décisions.

Le scepticisme de l’Allemagne à l’égard de Palantir n’est pas, comme le présente Karp, le fruit d’une obstination luddite émanant d’une région technologique en déclin. Il s’agit d’une réaction rationnelle face à une menace pour la souveraineté déguisée en solution technologique.

Lorsque la Suisse a rejeté le système de renseignement de Palantir par crainte d’un transfert de données sensibles vers les États-Unis, elle a mis en lumière un point que davantage de gouvernements européens devraient prendre en compte : intégrer une entreprise basée aux États-Unis dans son architecture de défense constitue une dépendance stratégique, et non une simple relation avec un fournisseur.

Tous les pays européens qui adoptent aujourd’hui les plateformes de Palantir le font selon des conditions que l’entreprise a contribué à définir : des architectures de données, des programmes de formation et des processus opérationnels qui garantissent la suprématie technologique américaine pour des décennies. Ce n’est pas une théorie du complot. C’est un modèle économique.

Karp affirme non sans hypocrisie qu’il ne souhaite pas « vivre dans un monde où l’Allemagne serait faible ». Mais sa solution — acheter Palantir, intégrer Palantir, dépendre de Palantir — est le moyen le plus sûr de garantir que l’Allemagne ne développe jamais de capacités technologiques souveraines dans les domaines qui déterminent aujourd’hui l’issue des conflits militaires.

Le conflit en Ukraine a mis en lumière une réalité dérangeante. Le soit-disant leadership technologique ukrainien , tant vanté, n’est en réalité qu’une fine couche d’adaptation locale reposant sur un socle solide constitué de l’infrastructure militaire américaine en matière d’IA de combat. La Russie en est consciente et ses efforts surhumains pour faire face à ces technologies intégrées expliquent l’acharnement redoublé de ses adversaires. Les européens sont dans le déni du réel et surtout désunis. Certains pays se sont livrés corps et âmes à Palantir tandis que d’autres hésitent avec raison car c’est une question d’indépendance à long terme. Pour le moment, les médias n’en parlent pas trop et cela est naturel vu la configuration réelle du pouvoir en Occident mais ce qui fut autrefois une blague est en train de devenir une réalité : SkyNet existe.


Fediverse reactions

17 réponses à « La stratégie de Palantir en Ukraine et le mythe de l’autonomie sur le champ de bataille »

  1. Comment les mères russes ont-elles reçu le message de Makiivka ? Palantir le sait et pas moi … qui fais l’hypothèse qu’il a récidivé à Minab.

  2. Avatar de eline de ruig

    aussi spéctaculaires le retrait & la destruction des hovercraft pour des raisons mysterieuses entre boulogne sur mer (hoverport) & le royaume-uni ?

    1. Il va vous échappé la construction et mise en service d’un tunnel sous la manche , bon c’est vrai c’est resté confidentiel comme information et presque personne ne l’utilise mais cela pourrait peut être expliquer la fin des Hovercrafts, ou alors c’est un complot des sionistes ou de la CIA .

      1. C’était une technologie fort intéressante et sortant des sentiers battus.
        Le tunnel sous la Manche ne remplace pas la recherche de voies alternatives.
        Les Hovercraft ont eu un usage militaire pour les opérations amphibies même si on ne sait pas trop quelle est son évaluation en opérationnel.

  3. Tiens voilà que ST reprend l’argumentation de l été 2022 du Kremlin qui pour expliquer que la guerre ne se passait pas aussi vite que prévue et que pour la victoire en chantant dans les avenues de Kiev il allait falloir attendre un peu nous a inventé les troupes de l OTAN en Ukraine pour combattre l’armée russe . En plus c’est bien documenté. PS : en février 2022 à part les gros drones turcs les forces armées ukrainiennes n’avaient pas de drones fpv et autres donc c’est pas cela qui peut expliquer la non prise de Kiev , Kharkov , Odessa , c’est plus simple : ils ont essayé, le gouvernement ukrainien est resté et Zelenski ne s’est pas barré à l’étranger tel Bachar le pleutre , l’armée s’est battue , les russes ont combattu mais n’ont pas pu prendre ces deux villes et se sont repliés. Pour Odessa il faut regarder une carte et on constatera que jamais l’armée russe ne s’en est approchée à moins de 140/150 kilomètres quand elle occupait Kherson qu’elle a dû ensuite évacuer avant de se faire piéger par l ‘armée ukrainienne.

  4. Avatar de serenec824bd1e7a
    serenec824bd1e7a

    Donc palantir derrière toutes ces destructions et assassinats en tout genre. Comment se fait il que son pdg,ses principaux ingénieurs n’aient pas fait face à des éliminations physiques ou tentatives.quand une entreprise dite privée,avec l’aide de la cia,met autant d’entrain à tant de massacres de civils sous prétexte de libération ou démocratie,qu il ne se trouve pas des barbouzes des pays visés par cette entreprise pour leur rendre la pareille

    1. Avatar de chantal janzen
      chantal janzen

      des serbes ont attaqués en justice la société mpri pour leur role en croatie mais ont été déboutées, ces genre de type ont des protections policières

      1. Are you into Dutch models? 😄

        1. Avatar de narjess rkaiek-krystle
          narjess rkaiek-krystle

          yeah, voici ce que balance un certain raoul weiss sur substack c’est à mourir de rire.
          « on imagine bien que ces élites identitaires partouzent en général sur de la meilleure musique – comme il se doit quand on a la possibilité de pénétrer des femelles au niveau esthétique d’une Marion Maréchal, et non les pendulaires saxonnes dodues qui agitent leurs jambonneaux sur la petite musique d’Ausländer Raus !. »

          https://modesteschwartz.substack.com/p/auslander-raus-ou-le-succes-catastrophique?utm_source=publication-search

    2. Oui Palantir bombarde l ‘Ukraine il faut les arrêter .

  5. Avatar de stieneke van den graaf
    stieneke van den graaf

    vous avez oublier de parler des clins d’oeil de medvedev en 2008 pour des transferts de technologies par thales (cameras thermique, afficheur tete haute etc..), par rheinmetall & meme si c’est génant par israel eh oui (dans les drones forpost) !

    https://desk-russie.eu/2025/12/15/laffaire-des-mistral-et-laffaire-moulino.html

    https://desk-russie.eu/2025/09/28/les-relations-economiques-une-arme-meconnue-dans-la-guerre-hybride-du-kremlin-contre-loccident-ii-la-contagion.html

  6. Avatar de stephanie tency
    stephanie tency

    ce qu’on appelait les avancées stalinienne étaient de l’importation de technologie de l’ouest (general electric) puis plus tard berliet, fiat qui participèrent aux projets ambigus de kamaz

    https://desk-russie.eu/2025/09/07/les-echanges-economiques-une-arme-meconnue-dans-la-guerre-hybride-du-kremlin-contre-loccident-i-lempreinte-leninienne.html

  7. On apprend aussi (il ne me semble pas qu’il y avait eu d’infos jusqu’ici) qu’un cargo russe avait subit plusieurs explosions au large de l’Espagne en décembre 2024. Il transportait peut être des composants nucléaires destinés à la Corée du Sud (pour réacteurs de sous-marins ?) Source CNN. https://edition.cnn.com/2026/05/12/world/a-russian-ship-sank-in-mysterious-circumstances-it-may-have-been-carrying-nuclear-reactors-to-north-korea

    1. La cargaison semble invraisemblable. Pourquoi effectuer une circumnavigation presque planétaire avec un pays frontalier avec lequel les lignes ferroviaires sont fiable?
      Pourquoi passer par Gibraltar puis Suez, hauts lieux de l’Empire?
      Cela semble invraisemblable.

      1. Je suis d’accord, mais si j’ai bien compris, c’était le commandant du navire qui avait fait cette déclaration.

  8. Quand on voit l’infiltration en France et GB (Palantir UK est dirigé par le petit fils d’Oswald Mosley), auprès du Pentagone et de l’Otan, on se doute bien que ces vendeurs de mort ne sont pas là pour faire de la figuration. A mon avis, tenant compte aussi de leur lien avec l’affaire Cambridge analytica, je suppose qu’ils peuvent avoir quelque chose à voir avec la psyopp Qanon et avec la définition même de la politique globale américaine. Sans parler des vraies/fausses dissensions politiques transatlantiques. Que de compromissions…

Commentaires/Discussion

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