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Dans une démonstration époustouflante de « comment reconstruire une armée tout en souriant à ceux qui l’ont bombardée », la Syrie post-Assad a apparemment décidé que la meilleure réponse au désarmement systématique imposé par Israël était de… se réarmer à un rythme accéléré. Et pas seulement se réarmer, mais le faire avec des armes occidentales, selon une doctrine occidentale, tout en jurant de venger plus de 1 200 incursions israéliennes et de récupérer le plateau du Golan. Car rien ne symbolise mieux le « processus de paix » que de reconstruire son armée de l’air tandis que son président déclare aux Nations Unies que le plateau stratégique du Golan « demeure un territoire syrien ».

Près de deux ans après que l’armée israélienne a affirmé que l’armée de l’air syrienne avait été anéantie, des chasseurs-bombardiers Su-22 syriens ont repris leur vols au-dessus d’Idlib pour la première fois depuis la chute d’Assad. De nouveaux pilotes sont recrutés, des vols d’entraînement sont en cours, et les nouveaux dirigeants syriens ont même réussi à obtenir la levée de l’embargo américain sur les armes — ce qui signifie que Damas peut désormais acheter des armes américaines, européennes, arabes et turques pour remplacer son vieux matériel obsolète datant de l’ère soviétique.

Il s’agit pourtant de cette même force qu’Israël avait réduite à néant en décembre 2024, en profitant de la chute du pouvoir d’Assad, détruisant des vedettes lance-missiles, des systèmes de défense aérienne et des hélicoptères d’attaque dans des bases telles que Mezzeh et Lattaquié. Aujourd’hui, moins de deux ans plus tard, la Syrie bénéficierait du soutien de la Turquie, de l’Arabie saoudite, de la Russie, de la France et d’« autres pays de la région » pour se reconstruire et se réarmer.

Israël, bien sûr, « suit l’évolution de la situation avec beaucoup d’inquiétude et d’apprehension » — un peu comme on surveillerait un enfant en bas âge jouant avec une arme chargée. La principale crainte à Tel-Aviv n’est pas que la Syrie parvienne soudainement à la supériorité aérienne: C’est que la Turquie déploie des systèmes de défense aérienne sur le sol syrien, empiétant ainsi sur la « liberté d’action » d’Israël dans l’espace aérien syrien depuis la chute d’Assad.

Traduction : Israël préférerait que la Syrie reste un souffre-douleur définitivement désarmé.

Mais ce n’est pas le cas et l’histoire est loin d’être finie.

Le président syrien Ahmed al-Sharaa a déclaré cette semaine devant l’Assemblée générale des Nations unies qu’Israël avait mené « 500 frappes aériennes, plus de 1 200 incursions et 300 arrestations » depuis la chute du régime d’Assad. L’Observatoire syrien des droits de l’homme a recensé 1 068 « incursions » des Forces de défense israéliennes (FDI) — un euphémisme désignant aussi bien la construction de fortifications et le défrichage de terres que le harcèlement, les fouilles et les arrestations de la population locale — jusqu’en septembre 2026.

Cette escalade est frappante : 15 incidents en décembre 2024, 460 en 2025, et pas moins de 594 rien qu’au cours des neuf premiers mois de 2026. Cela représente une augmentation de près de 30 %…

Et pourtant, malgré tout cela, le gouvernement de Sharaa s’efforce de conclure un « accord de paix » avec Tel-Aviv, en entretenant des contacts diplomatiques par l’intermédiaire du Mossad et en se félicitant de la levée des sanctions américaines et européennes. Israël, pour sa part, jouit d’une « suprématie militaire totale » sur la Syrie, après avoir détruit les défenses aériennes, l’armée de l’air, la marine et les capacités de missiles à longue portée du pays dans les semaines qui ont suivi décembre 2024, tout en s’emparant d’environ 350 kilomètres carrés de territoire syrien au-delà du Golan occupé — y compris le mont Hermon, qui se trouve à portée d’artillerie de Damas.

Donc pour résumer: la Syrie se réarme avec des armes occidentales tandis qu’Israël occupe son territoire, bombarde ses infrastructures et détient ses citoyens. Et quelle est la réaction de la communauté internationale ? Lever les sanctions contre la Syrie pour « soutenir la reconstruction ».

Le discours d’Al-Sharaa à l’ONU était un véritable cours magistral sur la dissonance cognitive diplomatique. D’un côté, il a déclaré que « le Golan restera un territoire syrien » et que toutes les mesures d’annexion sont « nulles et non avenues » en vertu de la résolution 497 du Conseil de sécurité de l’ONU. De l’autre, il a affirmé que la Syrie respectait l’accord de désengagement de 1974 et cherchait à conclure avec Israël un « accord de sécurité » qui « préserve les droits de la Syrie ».

Il a même plaisanté lors d’une table ronde organisée par l’Atlantic Council en disant que Trump devrait céder le New Jersey à Israël plutôt que le Golan, car « le New Jersey vous appartient, et je crois que cet État regorge de démocrates, qui ne votent pas pour Trump ».

En réalité, la « politique étrangère intransigeante » de la Syrie — comme le souligne la nouvelle direction — consiste à considérer que le Golan n’est pas négociable.

Tant d’efforts et plus de 14 ans de guerre pour en arriver là et donc le point de départ. Israël est le nouveau Sisyphe du 21e siècle.

La Syrie se trouve donc simultanément dans les situations suivantes :

  1. Elle se réarme avec des armes occidentales;
  2. Elle maintient des bases militaires russes sur son territoire;
  3. Elle s’engage à récupérer le plateau du Golan;
  4. Elle cherche à conclure un accord de sécurité avec Israël;
  5. Elle exige le retrait israélien du territoire syrien et dénonce l’« agression » israélienne à l’ONU.

Ce n’est plus une politique étrangère. C’est une crise d’identité géopolitique.

Israël ne laissera pas la Syrie se réarmer au point de constituer une véritable menace. La présence militaire turque en Syrie — ce qu’Israël redoute par-dessus tout — risque fort de devenir un point chaud.

La Syrie de l’après-Assad fait exactement ce que tout acteur rationnel ferait après avoir été systématiquement désarmée et occupée : elle se reconstruit. Le problème, c’est que reconstruire une armée alors que votre adversaire continue de vous bombarder, d’occuper votre territoire et de détenir votre population, c’est un peu comme essayer de réparer un toit qui fuit en plein ouragan.

La guerre n’est pas finie.


Fediverse reactions

8 réponses à « Contre toute attente : la Syrie post-Assad se réarme et jure de reprendre le plateau du Golan »

  1. Avatar de wondrousparadise588b613243
    wondrousparadise588b613243

    C’est possible de reprendre le Golan avec des armes occidentales ?

    1. On a vu cela. Cela mérite un papier.

  2. l’égorgeur modéré de Damas qui fait du bon boulot, a pourtant des problèmes de révoltes internes ; son matos turc est régulièrement détruit par les judéo-nazis.

  3. « Donc pour résumer: la Syrie se réarme avec des armes occidentales … »
    J’espere que tu nous fait de l’humour noir. Rearmer avec des armes occidentales c’est comme demander la permission d’acheter un baton à ton ennemi pour essayer de le frapper par la suite. La quincaillerie occidentale a du mal à rivaliser avec les armes chinoises et russes. Et maintenant la defense anti aarienne iranienne est capable d’interdire le ciel aux terroristes US et israeliens.

    « Israël est le nouveau Sisyphe… »
    Contrairement à ce qui se dit, depuis la guerre avec l’Iran l’année derniere et cette année, Israel a quasiment cessé d’exister en tant qu’etat moderne. Ce qui n’est pas dit, c’est le fait que les israeliens les + aisés, les + eduqués, les + fortunés quittent en masse l’entité. De sorte qu’Israel se vide sa substance vitale et n’est plus qu’un zombie squelitique que les medias occidentaux amplifient. Les medias mainstream occidentaux sont là pour dire ce qu’on leur dit de dire, et cacher ce qu’on leur ordonne de cacher.
    Toutes ces gesticulations autour d’Israel, c’est l’armée US qui est derrière. A la prochaine guerre avec l’Iran, si les installations de dessalement sont détruites, c’est définitement fini pour Israel.
    L’Iran ne s’y est pas trompé, l’armée iranienne a éliminé methodiquement les bases terroristes de l’armée US dans toute la région. Ce qui a totalement stupéfait non seuleuement les USA, mais surtout Pekin, Moscou et Pyongyang.
    Pour ce qui est des supposées « autorités » et « syriennes » à l’ONU, c’est du cinéma, si tu veux te rearmer sérieusement c’est avec des armes chinoises , russes, et maintenant -la mega surprise geostratégique de 2026- iraniennes, nord coréennes.
    Le but numero 1 des egorgeurs pro israliens de Damas c’est de s’attaquer au Hezbollah, les US les ont installé uniquement pour ça et pour rien d’autres.
    Une grande partie de ces terroristes sont en ce moment entrain de se faire laminer au Yemen, ce qui affaiblit encore + cette milice d’egorgeurs à Damas.

    Cette region est entrain de subir un séisme d’une ampleur jamais vu depuis 1000 ans.

  4. La période de l’assemblée générale des nations unies est décidemment comme un concours Lépine où chacun se sent obligé de venir démontrer ses compétences. La scène internationale n’est pas avare en intimidation et communication théâtrale. Il parait que la femme de Netanyahu profite des visites à la Maison Blanche pour amener des valises de linge salle; le service de pressing y est paraît-il des plus performants.

    1. Les egorgeurs pro israeliens de Damas n’en ont plus pour longtemps aussi, parce qu’ils étaient financés par les pétro dollars des pseudo « monarchies » du Golfe. Or ces derniers ne peuvent tout simplement plus les financer, le petrole ne s’exporte plus du fait du double blocus yemenite et iranien. A présent, ils se battent desesperement pour rapatrier leur $ des USA, sauf que le gouverenment US le leur interdit. Du coup ces monarchies se retrouvent sans argent, et leur stabilité est l’equivalent du piece monnaie que tu essayes de mettre en equilibre sur une face, mais ça tombe à chaque fois.
      Les US ne peuvent plus aider finacierement les vassaux qu’ils ont entretenu depuis des decennies, que cela soit à Damas, à Aman, à Erbil -les milices separatistes terroristes kurdes- et encore moins au Caire.
      Ce faisant c’est tout l’edifice occidentale qui est entrain de s’ecrouler au Moyen Orient.
      Mais il y a pire, y a plus de petro-dollars pour soutenir le $.

      En dépit des apparences, et de la puissance des medias mainstream occidentaux qui font tout pour cacher la réalité, nous assistons bel et bien et en direct à la fin du modele occidentale. Si je puis faire une analogie, les américains sont dans la meme situation qu’Hitler et les nazis au debut 1944. Ils sentent que c’est la fin, voient des evenements concrets qui se produisent, cependant les elites occidentales refusent de voir les choses telles qu’elles le sont.
      Dans ce contexte, l’ONU n’est plus qu’un stupide théatre, creux, sans interet, et que plus personne ne prend au sérieux.

  5. une minable blague qui doit bien faire rire tos les analystes spécialistes de la région

Commentaires/Discussion

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