Analyse indépendante de la géopolitique mondiale, de la stratégie militaire et de la pertinence de Sun Tzu dans les conflits modernes.

Loin de tous les discours et les narratifs construits autour de ce qui a été qualifiée de « transition énergétique », les énergies fossiles demeurent incontournables et indispensables pour le maintien d’une puissance militaire et politique. La montée en gamme et l’escalade en puissance des plans poursuivant l’objectif d’un changement de régime en Iran et au Venezuela répondent à un double impératif pour les États-Unis au moment où leur système économique est à bout de souffle, éreinté par une longue série de facteurs endogènes et exogènes dont certains sont liés à la giga-corruption:

La capture des réserves pétrolières du Venezuela, un trésor fabuleux digne des légendes d’El-Dorado du temps des galions espagnols, donnera un avantage qualitatif et comparatif de poids aux États-Unis et renforceront leur position dans un éventuel conflit ouvert avec la Chine et la Russie.

Les réserves pétrolières vénézuéliennes sont estimées à 299,95 milliards de barils. À ces réserves importantes, s’ajoutent celles de l’Iran dont la posture stratégique est des plus affaiblies: 157,5 milliards de barils. À eux seuls, les deux pays ciblés et soumis aux sanctions accumulent 457,45 milliards de barils sur un ensemble mondial évalué en 2025 entre 1,7 et 2.1 trillion de barils. Un changement de régime par la force ou selon des techniques de guerre hybride combinée verrait les États-Unis s’accaparer d’un pourcentage important des réserves de brut en plus de ceux de pays « alliés » et vassaux comme l’Arabie Saoudite, l’Irak et le Koweït pour ne retenir que les plus importants en termes de production. Ce n’est plus le Jackpot; c’est le véritable Saint-Graal qui ramènera les États-Unis à son niveau de puissance apparente de 1944 dans un monde qui croyait que glas avait sonné pour la puissance US.

Le déploiement d’une puissance de feu aussi importante que celle entourant le Venezuela, un pays d’Amérique du Sud et des Caraïbes riche en énergies fossiles et ne disposant pas de dissuasion militaire ne laisse planer aucun doute sur l’objectif de Washington. Il fallait trouver un casus belli et à la hâte: ériger maladroitement le narcotrafic en menace existentielle et le qualifier de terrorisme et le tour passera puisque depuis 2020, toutes les grosses ficelles passent devant des populations mi-medusées, mi désabusées. La fenêtre semble opportune en raison de profonds changements dans les rapports de force dans le monde. Personne ne viendra à l’aide du Venezuela. La Russie est trop occupée face à l’OTAN en Europe orientale et la Chine ne peut pas intervenir aussi loin de sa zone d’influence exclusive correspondant à sa zone économique exclusive en mer de Chine. Les Européens applaudiront la chute d’un « dictateur » et la doctrine Monroe revue et modifiée dans un cadre résolument offensif prendra place.

Pour l’Iran, pays particulièrement affaibli sur le plan stratégique, économique, social et militaire après les durs revers qu’il a subi au Moyen-Orient, il semble que le travail de sape permanent de ses ennemis va finir par porter ses fruits. Le ressentiment d’une partie non négligeable d’une population dont on sait depuis les dernières révolutions colorées mises en échec jusqu’à quel niveau de folie hystérique elle peut aller paraît sans limite et suffisant pour que Washington envisage une approche combinée hybride mêlant révolution colorée 4.0 avec des frappes cinétiques de décapitation.

On en est pas encore là mais les deux scénarii ont largement dépassé le champ des possibles et sont devenus un modus opérationnel actif mobilisant des ressources importantes. Le Droit international de facto aboli et le précédant de ce qui s’est passé à Gaza faisant office de jurisprudence pour balayer les derniers scrupules à éviter des pertes collatérales importantes et même illimitées parmi les populations civiles, il n’y a plus aucune barrière à s’accaparer des richesses minières ou énergétiques de pays tiers pour renforcer son économie ou ses velléités d’hégémonie.

Tout ceci est d’un ennui total car c’est devenu presque un ABC de la géopolitique postmoderne. Ce qui ne l’est pas sont les réponses possibles et par dessus tout les aléas d’une telle ruée vers l’or noir et plus particulièrement, les conséquence d’un accaparement par les États-Unis de près de 50 % des réserves de brut de la planète dans un jeu ternaire face à deux rivaux déclarés comme tels et dont l’un d’eux a déjà le potentiel d’être la première puissance économique du monde s’il parvient à suivre avec intelligence les préceptes de sa philosophie pacifiste en évitant tout conflit armé.


Fediverse reactions

2 réponses à « Le Saint-Graal »

  1. Article que l’on aurait aimé moins prédictif.

  2. Mensonge, violence, égoïsme et cupidité constituent le sable mouvant d’une « civilisation » qui meurt sous son propre poids, poussée par la gravité de ses désirs insatisfaits dans un abime sans fond qu’elle s’évertue pourtant à continuer de creuser.

    Il est fascinant de constater comment des êtres pensants, habitant une planète minuscule située à 27000 années lumières du centre d’une galaxie géante se déplaçant à plus de 2 millions de kilomètres heures dans le vide de l’univers, en arrivent à se créer un univers mental centré sur eux-mêmes, tournant à contresens du progrès, consommant le peu de qualité qui leur reste à s’autodétruire, à vider leurs ressources pour un but vide de sens.

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